4 juillet 2025 : dévoilement d’une plaque commémorative à Sarrebourg, en hommage aux victimes du Train de la Mort

En juillet 2024, l’Amicale de Dachau avait entrepris un ambitieux pèlerinage depuis Compiègne jusqu’à Dachau afin de commémorer le 80e anniversaire du convoi 7909, dit « Train de la Mort » ou « Convoi de la Mort ». Dans ce cadre, notre groupe s’était arrêté le 4 juillet à Sarrebourg pour une première cérémonie sur le parvis de la gare, puis une seconde sur l’ancien quai de la gare de marchandises (en contrebas de la rue Jeanne-d’Arc). À l’occasion de cette seconde cérémonie, un arbre avait été planté et une gerbe déposée.

Nous n’avions toutefois pas pu apposer de plaque commémorative, faute de structure disponible pour l’accueillir. Nous avions donc fait la promesse de revenir un an plus tard, le 4 juillet 2025, afin de dévoiler la plaque fixée sur la stèle nouvellement érigée.

Une cérémonie, dirigée par M. Gunter Mulle, s’est ainsi tenue le 4 juillet dernier à Sarrebourg. Elle s’est déroulée en présence de M. Alain Marty, maire de Sarrebourg, accompagné de ses adjoints, dont Mme Gabrielle Velot ; de M. Jacques Banderier, sous-préfet de Sarrebourg ; de Mme Catherine Belrhiti, sénatrice de Moselle ; de M. Fabien Di Filippo, député (LR) de Sarrebourg ; ainsi que des représentants et porte-drapeaux d’associations, parmi lesquelles le Maquis de Corcieux, le Souvenir Français, l’Union nationale des parachutistes et le Service national universel.

Enfin, Jacques Colnet, Régine et Gérard Jacquemin représentaient l’Amicale de Dachau, aux côtés des autorités civiles et militaires, des sympathisants et anonymes venus rendre hommage dans le respect du devoir de mémoire.

En son absence, c’est Régine Jacquemin qui a donné lecture du discours de Dominique Boueilh, président de notre Amicale nationale ainsi que du Comité international de Dachau :

« M. Alain Marty, maire de Sarrebourg,
Mmes et Mrs les Élus,
Mmes et Mrs les représentants des associations de mémoire et patriotiques,
Chers Porte-Drapeaux, chers amis et public,

C’est avec beaucoup de regret que je manque ce rassemblement, retenu par quelques problèmes de santé passagers, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Régine Jacquemin s’est proposée d’être mon porte-voix, et je l’en remercie.

En juillet 2024, notre Amicale a organisé un parcours mémoire sur les traces du convoi 7909, dit Convoi de la Mort, qui nous a conduits à Sarrebourg le 4 juillet, pour une cérémonie très solennelle à la gare et pour une cérémonie en bordure des anciens quais de la gare de marchandises, où le convoi 7909 avait stationné le 4 juillet 1944.

Nous rappelions ce moment précis où le ravitaillement des déportés avait été rendu possible par les infirmières de la Croix-Rouge, après une dispute violente entre le capitaine Franz Mulher, posté à Sarrebourg, et le capitaine Friedrich Dietrich, en charge du 7909 depuis Novéant. Aidé par l’intervention du médecin-chef de l’hôpital de Sarrebourg, le capitaine Mulher obtiendra gain de cause en faveur du ravitaillement. Ce devait être le premier vrai ravitaillement depuis le départ du convoi de Compiègne le matin du 2 juillet.

Avec à son bord près de 2 200 hommes entassés à 100 par wagon, le convoi était resté bloqué à plusieurs reprises, entre Fismes et Reims, par des pannes de locomotive et des sabotages de voies, sous une chaleur accablante, 34 °C, la pire de ce mois de juillet 1944. Les gardiens interdirent l’ouverture des portes des wagons et tout ravitaillement en eau. Les rares tentatives de ravitaillement tentées par les populations civiles et le personnel de gare à Saint-Brice et à Reims furent ou bien empêchées, ou bien interrompues pour éviter les représailles.

Des vagues entières de détenus moururent de soif et d’asphyxie, ou plus brutalement sous l’emprise d’une folie meurtrière et sous la violence des coups occasionnés par les bagarres pour la survie. La seule première journée fit 400 victimes.

Après son passage à Revigny et à Novéant durant la journée du 3 juillet, où tout ravitaillement fut empêché, le convoi arriva à Sarrebourg le 4 juillet avec déjà 481 victimes à son bord, recensées précisément la veille par les gardiens SS.

À l’arrivée sur le quai de débarquement de Dachau, le 5 juillet, plus de 500 cadavres sont alignés et alimenteront le four crématoire du camp trois jours durant.

Le 4 juillet 2024, nous avions déposé une gerbe au pied de cet arbre planté pour la circonstance, et nous avions fait promesse de revenir cette année pour dévoiler une plaque. Je remercie monsieur Marty, maire de Sarrebourg, d’avoir permis ce rassemblement.

Si le groupe de notre association est bien moins nombreux cette année, du fait des nombreuses sollicitations en cette période de commémorations 2025, ce rassemblement conserve pour autant toute sa dimension et toute sa portée.

Devant l’engouement et le succès suscités par le parcours mémoire de 2024, notre association a reçu le souhait d’autres villes d’être associées à ce parcours mémoire, comme Soissons et Haguenau. Une suite sera donnée en 2026 pour compléter ce parcours mémoire et pour l’inscrire aux Chemins de Mémoire, avec l’appui du ministère des Armées.

Une plaquette et un film-reportage sont en cours d’édition ; ils retracent tous deux les moments clés de ce parcours mémoire. Enfin, un projet de documentaire télévisé sur le convoi 7909 est en développement avec le concours de FR3 Région.

Je tenais à partager ces différents éléments d’information avec vous tous. Car si nous avons pu sensibiliser le public et les médias à notre démarche, c’est aussi grâce à l’aide précieuse des différentes municipalités qui ont réservé le meilleur accueil à notre parcours mémoire. Votre présence aujourd’hui à Sarrebourg est la preuve avant tout de votre engagement et de votre fidélité.

Cette fidélité, nous la devons envers ces centaines de victimes du convoi 7909, parmi des millions d’autres, dont la dignité humaine fut broyée sous le poids de l’idéologie de haine et d’extermination portée par le régime nazi.

Notre monde contemporain fait face de nouveau à un déclin continu de la paix dans le monde, à une mise à l’épreuve de nos démocraties, avec de nombreux indicateurs clés qui précèdent les conflits majeurs et qui sont plus élevés qu’à tout autre moment depuis la Seconde Guerre mondiale.

Nous tous ici présents, public, associations et institutions publiques, devons nous comporter en sentinelles de la paix, en défenseurs des droits de l’homme et d’un monde où la dignité de chaque être humain est sacrée et inviolable.

Au nom de notre Amicale, je vous remercie encore de tout cœur pour votre présence en ce jour souvenir du 4 juillet. »

À noter que, plus tôt dans la journée, un hommage aux victimes du Train de la Mort avait également été rendu par l’union locale de la CGT, témoignant une fois encore de la profonde empreinte laissée par cette tragédie dans la mémoire collective.