Message pour la Journée nationale dusouvenir des victimes et des héros de ladéportation
Le dernier dimanche d’avril, notre nation est appelée à rendre hommage aux victimes et héros de la déportation disparus dans les camps de concentration et lescentres d’extermination nazis. La mort par le gaz, le travail forcé, la faim, la soif, les sévices de toutes sortes : telétait le traitement infligé à tous ceux que les nazis considéraient comme des ennemis du Reich en raison de leurengagement dans la Résistance, de leurs choix politiques,de leurs convictions religieuses, de leur mode de vie, oumême sans raison particulière pour toutes les victimes desrafles.
Lorsque les armées alliées entrèrent dans lescamps, elles ont été confrontées à l’horreur de l’enferconcentrationnaire. Parmi les milliers de cadavres quijonchaient le sol, des survivants erraient parmi les décombres, regards vides, corps décharnés : des enfants, desfemmes et des hommes dont l’identité avait été retirée pourmieux les avilir. Il s’agissait d’une entreprise systématiquede déshumanisation poussée à l’extrême jusqu’à la pratique d’expériences pseudo-médicales par des médecinsnazis sans aucun scrupule.
Malgré l’avancée des forces alliées sur tous lesfronts, le IIIe Reich n’a pas renoncé à son dessein mortifère. Il ordonne l’évacuation des survivants des camps quise transforme en d’impitoyables Marches de la Mort.
Les déportés qui sont revenus de cet enfer, ontvécu un retour difficile à la vie et à la liberté. Mais, fidèlesaux serments prêtés à leurs camarades disparus, les survivants ont, malgré leurs propres traumatismes ou la difficulté d’être crus, pris le chemin courageux du témoignage.
Au moment où les derniers déportés nous quittent,la remémoration de leurs engagements et de leurs sacrifices doit continuer d’être un rempart contre l’ignorance,l’oppression et l’antisémitisme. Aujourd’hui se jouent denouveaux équilibres mondiaux dans des rapports de forceanxiogènes, et le combat des déportés, attachés au respectdu droit international porté par le tribunal de Nuremberg,ne doit pas rester vain.
La mémoire de la déportation s’inscrit dans lepatrimoine immatériel de l’humanité en ce qu’elle a deplus sombre, aussi sa transmission se veut-elle un actede confiance à l’égard des jeunes générations dont laconscience et la responsabilité doivent permettre de garantir les valeurs civilisatrices de paix, de liberté, de dignité pour tous.
Ce message a été rédigé conjointement par La Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), La Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD), L’Union Nationale des Associations de Déportés et Internés de la Résistance et Familles (UNADIF – FNDIR)
Cérémonie du ravivage de la Flamme sousl’Arc de Triomphe
Depuis sa création en 1945, l’Amicale de Dachau est présente chaque année, à la fin du mois d’avril, sous l’Arc de Triomphe, afin de raviver la Flamme et de déposer une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu. Cette cérémonie est pour nous l’occasion de commémorer la Journée nationale de la Déportation, mais également de rendre un hommage particulier à la libération du camp de Dachau.
Outre les représentants et membres d’associations mémorielles, de nombreuses personnalités officielles étaient présentes sous l’Arc de Triomphe le 26 avril dernier. On notera notamment la présence de Mme la ministre Aurore Bergé, ainsi que celle de M. le maire de Paris, Emmanuel Grégoire.
Elisabeth Nicot, Pascal Schillio et François Letissier (degauche à droite ci-dessus), tous trois enfants de déporté deDachau, ont déposé la gerbe de l’Amicale.Crédit photo Mémorial de la Shoah, Benjamin Vodant.
Hommage à Jules Guihard et auxdéportés de Combourg lors de la Journéedu souvenir de la Déportation
Le 25 avril 2026, à Combourg, place des Déportés, Bertrand Gicquel et Sandra Chelloug, arrière-petit-neveu et nièce de Jules Guihard (1893-1945), tous deux membres de l’Amicale, Lionel Flambard, président des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation d’Ille-et-Vilaine (35) et membre du conseil d’administration de l’Amicale de Dachau, ainsi que le comité du Souvenir Français de la Bretagne Romantique, présidé par Thierry Mazurier, étaient présents pour rendre hommage aux victimes de la Déportation, à l’occasion de la Journée nationale du souvenir.
Cette cérémonie a permis de rappeler le parcours de Jules Guihard, résistant de Combourg. Arrêté le 26 novembre 1943, il fut emprisonné à la prison Jacques-Cartier de Rennes, où il subit des interrogatoires et la torture. Incarcéré à Vitré, puis à Angers et enfin à Compiègne, il est déporté le 2 juillet 1944 par le tristement célèbre « Train de la Mort », puis interné au camp de concentration de Dachau. Mécanicien de profession, il est affecté au camp annexe d’Allach dès le 22 juillet 1944. Souffrant du typhus, il est renvoyé le 26 janvier 1945 au Revier de Dachau, où il est soumis aux expérimentations médicales de Klaus Schilling. Il subit une dissection après son décès le 22 février 1945.
Au cours de cette cérémonie, devant les porte-drapeaux, les représentants des associations mémorielles, les élus, les Combourgeois, les descendants des familles Guihard et Desrieux ainsi que les familles de déportés, réunis pour cet hommage, Bertrand et Sandra ont pris la parole pour retracer la vie et la déportation de leur arrière-grand-oncle et de ses camarades. Leur témoignage, ainsi que les cadres photos des déportés confectionnés pour l’occasion, ont permis de redonner un visage et une histoire à chacun des Combourgeois qui ont sacrifié leur vie au nom de la liberté. Une mémoire qu’il nous appartient de préserver précieusement et de transmettre à toutes les générations.
L’Amicale de Dachau s’associe pleinement à cet hommage rendu à Jules Guihard et, à travers lui, à tous les résistants déportés qui ont connu les souffrances du système concentrationnaire nazi.
Sandra CHELLOUG
Cérémonie du 25 avril 2026, place des Déportés à Combourg (Ille-et-Vilaine) — Journée nationale du souvenirde la Déportation. / Sandra Chelloug, Bertrand Gicquel et André Poulain,descendants de Jules Guihard, réunis pour perpétuer lamémoire de leur aïeul et de l’ensemble des déportés de Combourg.
Bertrand Gicquel, aux côtés de Paul Gautier, arrière-arrière-petit-fils d’Ernest Gautier, déporté avec ses deuxfils Jean et Eugène, résistants et compagnons de lutte de Jules Guihard. Paul Gautier présente l’un des quatretableaux réalisés par Bertrand en hommage aux résistants déportés de Combourg. À travers cette rencontre entre générations, les descendants perpétuent la mémoire de leurs aïeux, unis autrefois dans le même combat pourla liberté.
25 avril 2026 à Segonzac
La cérémonie du 81ᵉ anniversaire de la libération des camps de concentration s’est déroulée le 25 avril 2026, en présence de Mme Marina Barbot, conseillère départementale de la Charente, de M. le Maire Laurent Georges, des autorités, des Anciens combattants, des sapeurs-pompiers, ainsi que d’un public nombreux, parmi lequel les élèves du lycée Claire Champagne et les jeunes du club de majorettes. Les nombreux porte-drapeaux présents ont également contribué à la solennité de l’événement.
Ce fut un moment de grande émotion, marqué entre autres par les lectures de Clarisse, Ombeline et Bertille, élèves de terminale au lycée Claire Champagne de Segonzac. Ont été notamment lus « Le Serment de Dachau », le poème « Au froid, à la faim, aux coups » de Micheline Maurel et un extrait du discours de Jean Lafaurie, notre déporté centenaire, prononcé lors des journées d’Eysses. J’ai eu l’honneur et l’émotion de lire ce dernier texte, qui a permis de rappeler les valeurs humanistes, le courage immense de chacun et l’engagement dans la Résistance.
La cérémonie s’est poursuivie par la remise de gerbes, réalisée avec la participation des jeunes Clarisse, Ombeline, Bertille et Valentine, venue de Charente-Maritime.
« N’oubliez pas les leçons de l’Histoire : elles vous aideront à trouver votre propre voie et seront nécessaires pourgarder l’espoir d’un avenir meilleur. » Jean Lafaurie
En fin de cérémonie, notre porte-drapeau, Raymond Jubeau, a reçu des mains d’Alphonse Saint Marc, l’un de nos adhérents, la distinction récompensant 20 années de service, avec étoile dorée.
Félicitations et remerciements à Raymond et à Alphonse.
Michèle JUBEAU-DENIS
Photographies : Philippe Bellavoine, Danielle Varenne et Joëlle Eschenbrenner
81e anniversaire de la libération des campsde concentration à Cognac
La cérémonie du 26 avril, en présence de Madame la Sous-préfète, du colonel de la base aérienne Amaury Colcombet, de Monsieur le Maire Morgan Berger, des autorités, de nombreux porte-drapeaux, des Anciens combattants ainsi que de nombreux élus, a rassemblé la ville dans un profond recueillement afin d’honorer les déportés et les résistants.
Chacun a partagé ce moment de grande émotion. La cérémonie a été marquée par les lectures de Madame Jubeau-Denis, présidente de l’Amicale de Dachau Nouvelle-Aquitaine, avec un extrait du discours de Jean Lafaurie, ancien déporté de Dachau, prononcé à Eysses, ainsi que par les élèves de la classe Défense du collège Élysée Mousnier (texte de Geneviève de Gaulle-Anthonioz).
Le Chant des Partisans, le Chant des Marais et Nuit et Brouillard ont accompagné cet hommage, devant un public nombreux et recueilli.
À l’occasion de ce 81e anniversaire, le 1er mai 2026, une délégation du Comité international de Dachau, composée du commissaire général Jean-Michel Thomas, président honoraire du CID, du Dr Joëlle Delpech-Boursier et du lieutenant-colonel (H) Serge Quentin, s’est rendue au camp de Mühldorf pour les cérémonies commémorant sa libération. Ils y ont rejoint la délégation du Souvenir Français en Allemagne, présidée par Monsieur Wolff. Ensemble, ils ont honoré la mémoire de ce kommando, où régnaient l’horreur et des conditions de vie insoutenables.
Dominique Boueilh, 1er mai 2026
Pendant ce temps, se tenait au centre Max Mannheimer de Dachau le forum des descendants, avec la participation du mémorial KZ-Gedenkstätte Dachau et de la fondation bavaroise Stiftung Bayerische Gedenkstätten. Chaque exposant, dont le CID et l’Amicale de Dachau, avait préparé des documents et des ouvrages consultables sur place. Chaque nation présentait également des témoignages écrits, oraux et visuels afin de partager des histoires personnelles, des fragments de vie de leur père, de leur frère, de leur mère, de leur sœur, d’un oncle, d’une tante, voire d’amis déportés à Dachau. Chaque parcours de vie a été évoqué avec beaucoup d’écoute et de compassion.
Nous nous sommes réunis en groupes pour discuter des impacts et des influences que les traumatismes vécus dans les camps de concentration ont eus sur les personnes revenues de déportation, mais aussi sur leurs descendants directs et indirects. Chacun avait à cœur de raconter son histoire personnelle, afin de centrer, voire de recentrer les échanges. Pour un temps véritablement qualitatif, plus d’une heure et demie aurait été nécessaire. Nous avons ensuite restitué ces échanges afin de nourrir l’assemblée réunie, chaque groupe ayant réfléchi à une notion différente liée à la descendance. La richesse des discussions est venue confirmer l’idée initiale d’étudier les impacts émotionnels et intellectuels sur nos vies actuelles.
Dans l’après-midi, nous avons assisté à un colloque consacré à la posture des déportés au sein du camp. Des témoins sont venus illustrer, pour chaque nation, des histoires singulières, en évoquant en leur nom propre ce que ces héritages génèrent dans leur vie actuelle. Parmi eux figuraient Cristina Cristóbal (Espagne, secrétaire générale du CID, petite-fille de Fermín Cristóbal López, Barcelone), Vera Zolota (fille de Volodymyr Iwanowitsch Dshelali, Marioupol), Tamara Candotto (Italie, fille de Mario Candotto, Doberó del Lago), Inès Eichmüller (présidente de VEVON, petite-fille de Leonhard Eichmüller, Nuremberg) et Judith Faessler (petite-fille de Max Mannheimer, Munich), qui répondaient aux questions sous forme d’entretiens menés par l’animateur du Mémorial de Dachau.
De l’ensemble des échanges, y compris lors des questions-réponses avec le public, il ressort que nos aïeux avaient une profonde soif de vivre et ne se considéraient pas comme des victimes, même si certains canaux de communication les présentent parfois ainsi.
Sandra Quentin et Jean Lafaurie, 103 ans, au Centre MaxMannheimer, 1er mai 2026
C’est Jean Lafaurie qui est intervenu à la fin de la table ronde. Resté jusque-là dans une écoute attentive sans prendre la parole, il a rappelé qu’en tant que prisonniers, ils vivaient, s’accrochaient et souriaient parfois, afin de ressortir grandis, plus forts et plus joyeux, car ils connaissaient mieux le prix de la vie. Il a également souligné qu’il ne fallait pas oublier et qu’il convenait de réfléchir aux liens avec notre actualité internationale.
Après ces témoignages, nous nous sommes rendus aux cérémonies organisées dans les cimetières du Leitenberg et du Waldfriedhof afin d’y honorer la mémoire des déportés décédés durant leur déportation.
Jean Lafaurie en tête du pèlerinage
Après un effort de marche soutenu, l’ensemble des délégations du CID se sont retrouvées au cimetière du Leitenberg, situé au somment d’une longue et raide montée. Serge Quentin a dirigé le dépôt de gerbe, effectué par Dominique Boueilh, la ville de Dachau et le CID.
Drapeau du CID avec les autorités pour le dépôt de gerbe aupied de la croix du Leitenberg
Nous nous sommes ensuite rendus au cimetière du Waldfriedhof, toujours sous la direction de Serge Quentin, afin d’y honorer les lieux et les victimes. Un vétéran de l’armée américaine nous y avait rejoints. Par sa présence, il a tenu à s’associer à cet hommage, dans un esprit de recueillement et d’humilité. C’est tous ensemble que nous avons entonné le Chant des Marais, chacun dans sa langue, avec solennité, sous la direction du chef de chœur Jean-Michel Thomas.
Cimetière Waldfriedhof, 1er mai 2026
Jean Lafaurie avec un vétéran US
L’assemblée générale du samedi 2 mai a réuni les 32 membres du conseil d’administration. Elle s’est également tenue au centre Max Mannheimer, à partir de 8 h 30, et était présidée par Dominique Boueilh.
À la différence des années précédentes, en plus des rapports financier, moral et d’activité, un vote a été soumis aux membres du conseil d’administration afin de proposer une nouvelle modalité d’élection du président du CID, qui interviendra en 2027.
Les participants ont pu échanger librement sur l’avenir du CID et sur son fonctionnement. Jean Lafaurie a assisté à l’ensemble de l’assemblée générale avec une vive attention. Chacun a pu s’exprimer sur les activités de l’année ainsi que sur les projets à développer, notamment en ce qui concerne les moyens de communication du mémorial KZ-Gedenkstätte Dachau.
32 membres de l’AG du CID, avec au centre Jean Lafaurie etDominique Boueilh, 2 mai 2026, centre Max Mannheimer
De gauche à droite : Dominique Boueilh, Jean Lafaurie,George Legmann, Appellplatz, 2 mai 2026
Dans la continuité de notre engagement à Dachau, et pour conclure cette journée de mémoire, nous nous sommes rendus sur l’Appellplatz, à proximité de l’entrée du camp de Dachau, où Dominique Boueilh, Jean Lafaurie (Eysses) et George Legmann (Brésil) ont déposé une gerbe en hommage à la mémoire des prisonniers, des déportés et des vétérans. « Never again » est plus qu’une devise : inscrite au pied du monument, elle constitue un symbole de résilience, invitant chacun au recueillement et à saluer la force, le courage et les valeurs de la liberté.
Traditionnellement, nous avons poursuivi notre parcours de commémoration vers le monument aux morts de l’ancien champ de tir SS d’Hebertshausen, où les discours s’enchaînent, dans la symbolique de ce massacre sans précédent. Je rappelle qu’il s’agit d’un lieu d’horreur où 4 500 prisonniers de guerre de l’ex-Union soviétique ont péri entre septembre 1941 et juin 1942. Les nazis y ont utilisé leurs armes pour s’entraîner à tuer, ont exterminé de sang-froid et fait régner la terreur, dans l’une des expressions les plus perverses de l’extermination. Les soldats soviétiques furent, après les Juifs, parmi les principales cibles des nazis entre 1943 et 1945.
Lors de cette commémoration, nous avons écouté Christopher Vila et Franziska Sessler, respectivement président et vice-présidente de la communauté des anciens du camp de Dachau, la Lagergemeinschaft Dachau. S’en est suivi le discours d’Ernst Grube, membre du présidium de la Lagergemeinschaft Dachau, qui a axé son intervention sur le respect du droit international.
Ce fut ensuite le tour de Gabriele Triebel, députée au Landtag bavarois et présidente de la Fondation Mémorial européenne de l’Holocauste, qui a souligné l’importance de ne pas rester dans l’ignorance de telles atrocités. Selon ses propres mots : « Chacun d’entre nous peuts’opposer à l’inhumanité par la force de l’humanité, de lacuriosité, de l’empathie et de la solidarité. »
Enfin, comme chaque année, une étudiante, Khrystyna Maksymliuk, bénévole ukrainienne de l’Église protestante de la Réconciliation au Mémorial du camp de concentration de Dachau, a pris la parole en allemand. Elle a évoqué des faits historiques afin d’illustrer la nécessité d’une plus grande responsabilisation : la mémoire ne peut être un simple point final, mais doit au contraire constituer un point de départ vers la responsabilité. Elle a également insisté sur l’exigence d’une plus grande honnêteté dans la protection de la dignité humaine, qui ne peut être sélective, afin de s’inscrire pleinement dans la détermination du « Never Again ».
Dominique Boueilh, office dominical œcuménique du 3 mai2026
Le lendemain, dimanche 3 mai, était consacré aux commémorations au sein du camp de concentration de Dachau. Un temps de recueillement était proposé selon chaque confession. Dominique Boueilh a rendu hommage au pasteur Bjorn Mensing pour toutes ses années de service dans l’église du camp, lors de la célébration œcuménique réunissant les chrétiens de différentes confessions : catholiques, évangélistes, orthodoxes et protestants.
Devant le crématorium du camp de Dachau, drapeaux internationaux
Après l’office, nous nous sommes rassemblés au crématorium, entourés des drapeaux internationaux det outes les nations représentées dans le camp, portés par des lycéens de Dachau ainsi que par quelques membres du CID. Monsieur le maire de Dachau, Florian Hartmann, a ouvert le temps des discours à l’occasion de ce 81e anniversaire de la libération du camp. La cérémonie, empreinte d’une grande solennité, a mis en avant la symbolique de la Rose blanche, en hommage au mouvement de résistance allemande fondé en 1942.
Puis Jean Lafaurie a pris la parole. Fidèle à son engagement, il a prononcé un discours empreint de paix et d’espérance, avec une humilité et une dignité qui en ont fait une véritable leçon de vie.
Jean Lafaurie, résistant déporté d’Eysses à Dachau
Le CID remercie M. Hartmann pour son engagement à honorer cette cérémonie chaque année. Accompagné du président du CID, Dominique Boueilh, et de ses invités, il a procédé à un dépôt de gerbe au pied du monument du Déporté inconnu. Le trompettiste a ensuite interprété le « Last Post », marquant un profond moment de recueillement.
Anze Sinkovec, porte-drapeau du CID
Katerina Bendova, portant le Livre des Morts
Les jeunes porte-drapeaux, précédés du drapeau du CID porté en tête par Anze Sinkovec (Slovénie), se sont dirigés vers le petit pont afin d’inviter les autorités, les anciens déportés, leurs familles et leurs proches à former un cortège en direction de la place d’appel. Cette année, Katerina Bendova a eu l’honneur de porter le « Livre des Morts » tout au long du cortège, au son des cloches résonnant dans tout le camp.
Nous avons ensuite rejoint la place d’appel, où les discours se sont poursuivis sous un soleil de plomb. Un chapiteau avait été installé pour accueillir les autorités et les invités désignés par l’organisation du Mémorial.
Lieutenant-colonel (H) Serge Quentin
Serge Quentin, organisateur de ce temps officiel de commémoration, a ouvert et dirigé la cérémonie avec le soutien du Mémorial KZ-Gedenkstätte Dachau. Certains discours se sont prolongés, sans qu’il soit envisageable d’interrompre les anciens déportés désireux de témoigner, tandis que certaines interventions politiques faisaient écho à une actualité diplomatique particulièrement chargée.
Dominique Boueilh, président du Comité international deDachau
Monsieur Christoph Thonfeld, directeur adjoint du Mémorial, Monsieur Karl Freller, directeur de la Fondation des mémoriaux bavarois, Monsieur Dominique Boueilh, président du Comité international de Dachau, Madame Lynne Farbman, survivante, Monsieur George Legmann, survivant, Monsieur le Docteur Robin Mishra, chef du département Histoire et Mémoire auprès du délégué du gouvernement fédéral à la Culture et aux Médias, ainsi que Monsieur Alexander Hold, deuxième vice-président du Parlement bavarois, ont chacun prononcé un message empreint de profondes valeurs humanistes.
Leurs interventions ont laissé place à l’orchestre de musique classique, marquant la transition vers la cérémonie de dépôt de gerbes, à la suite de celle effectuée par le président du CID et les autorités officielles. À cette occasion, une minute de silence a été observée après la lecture des noms des déportés décédés au cours de l’année.
Chaque nation, au son de la musique où résonnent les valeurs, la mémoire et les honneurs, a porté sa couronne de fleurs au pied du monument de la place d’Appel, dans un recueillement solennel, avant d’entonner le Chant des Marais, toujours sous la direction attentive de notre chef de chœur, le commissaire général Jean-Michel Thomas, président honoraire du CID.
Au-delà de la gerbe, la symbolique de la couronne, dans ce temps de cortège fleuri, constitue une invitation à honorer la mémoire, à inscrire en soi, au fil de l’avancée vers le monument, ces valeurs de paix, de courage et de liberté. Celles-ci dépassent les mots pour dire les maux que nos parents, grands-parents, frères et sœurs, proches déportés, ont traversés.
Cet anniversaire fut empreint d’émotion, de recueillement, de riches échanges, mais aussi de joie et d’espérance, aux côtés de Jean Lafaurie, qui a témoigné d’une profonde ferveur tout au long de ces commémorations et qui nous offre une belle leçon de ce qu’est la liberté.
C’est par de belles journées sans pluie, parfois même ensoleillées, que de très nombreux Villeneuvois, élus, familles et amis sont venus rendre hommage aux douze fusillés et aux mille deux cents déportés d’Eysses.
Le 20 février a été dévoilée la carte des rues et places désormais dénommées en l’honneur des douze résistants fusillés à Eysses le 23 février 1944, ainsi qu’une place portant le nom de Jaime Seró Bernat.
Le 21 février, de nombreuses cérémonies se sont déroulées à Hautefage-la-Tour, à Penne-d’Agenais et à sa petite gare d’où sont partis les mille deux cents résistants pour Compiègne, puis Dachau. Unis par leurs convictions, ils ont fait preuve d’un courage exceptionnel face à la répression. Leur force fut aussi celle de la solidarité, une solidarité indéfectible qui les porta tout au long de leur déportation, où ils continuèrent, ensemble, à résister à l’inhumain.
Le 22 février, particulièrement émouvante, la cérémonie à la centrale d’Eysses a revêtu un caractère spécial avec la remise des Palmes académiques à Jean Lafaurie, dans sa 103ᵉ année, résistant et déporté, survivant de cet épisode tragique. Cette distinction de Commandeur lui a été remise par M. le préfet du Lot-et-Garonne, Bruno André et par le maire de Villeneuve, M. Gérard Régnier.
Cette distinction vient saluer un engagement exemplaire, au service de la transmission de l’histoire et des valeurs républicaines. De cette cérémonie, très forte en émotions et ponctuée de musique, de lectures de poèmes et d’hommages, nous retiendrons les derniers mots du discours de Jean Lafaurie, adressés plus particulièrement aux jeunes générations :
« Nous avons résisté jusque dans les camps de la mort pour conserver notre dignité et notre humanité. C’est cette même humanité qui nous fait combattre aujourd’hui le racisme et l’antisémitisme dans notre pays. (…) Dans le désordre mondial auquel nous assistons actuellement, marqué par l’instabilité et la brutalité, où les fondements de notre démocratie sont bousculés, il est plus que jamais nécessaire de rappeler les valeurs humanistes qui ont motivé nos engagements dans la Résistance, au-delà de nos différences sociales, géographiques, politiques ou religieuses. (…) Les jeunes des années 1940 s’adressent aux jeunes d’aujourd’hui pour leur donner ce conseil : N’oubliez pas les leçons de l’Histoire. Elles vous aideront à trouver votre propre voie et seront nécessaires pour garder l’espoir d’un avenir meilleur. »
Se souvenir d’Eysses, c’est rappeler que, même dans les moments les plus sombres, la fraternité et la solidarité peuvent être plus fortes que la barbarie.
Ne jamais oublier… Transmettre… Toujours.
Cérémonie à la centrale d’Eysses / Jean Lafaurie décoré
Michèle JUBEAU-DENIS (texte) et Philippe BELLAVOINE (photos) Amicale de Dachau Nouvelle-Aquitaine
Une courte vidéo de la cérémonie devant le Mur des fusillés d’Eysses, réalisée par Magali PEREZ pour la mairie de Villeneuve-sur-Lot, est accessible ici : https://youtu.be/WI-8GIqxjkw
En juillet 2024, l’Amicale de Dachau avait entrepris un ambitieux pèlerinage depuis Compiègne jusqu’à Dachau afin de commémorer le 80e anniversaire du convoi 7909, dit « Train de la Mort » ou « Convoi de la Mort ». Dans ce cadre, notre groupe s’était arrêté le 4 juillet à Sarrebourg pour une première cérémonie sur le parvis de la gare, puis une seconde sur l’ancien quai de la gare de marchandises (en contrebas de la rue Jeanne-d’Arc). À l’occasion de cette seconde cérémonie, un arbre avait été planté et une gerbe déposée.
Nous n’avions toutefois pas pu apposer de plaque commémorative, faute de structure disponible pour l’accueillir. Nous avions donc fait la promesse de revenir un an plus tard, le 4 juillet 2025, afin de dévoiler la plaque fixée sur la stèle nouvellement érigée.
Une cérémonie, dirigée par M. Gunter Mulle, s’est ainsi tenue le 4 juillet dernier à Sarrebourg. Elle s’est déroulée en présence de M. Alain Marty, maire de Sarrebourg, accompagné de ses adjoints, dont Mme Gabrielle Velot ; de M. Jacques Banderier, sous-préfet de Sarrebourg ; de Mme Catherine Belrhiti, sénatrice de Moselle ; de M. Fabien Di Filippo, député (LR) de Sarrebourg ; ainsi que des représentants et porte-drapeaux d’associations, parmi lesquelles le Maquis de Corcieux, le Souvenir Français, l’Union nationale des parachutistes et le Service national universel.
Enfin, Jacques Colnet, Régine et Gérard Jacquemin représentaient l’Amicale de Dachau, aux côtés des autorités civiles et militaires, des sympathisants et anonymes venus rendre hommage dans le respect du devoir de mémoire.
En son absence, c’est Régine Jacquemin qui a donné lecture du discours de Dominique Boueilh, président de notre Amicale nationale ainsi que du Comité international de Dachau :
« M. Alain Marty, maire de Sarrebourg, Mmes et Mrs les Élus, Mmes et Mrs les représentants des associations de mémoire et patriotiques, Chers Porte-Drapeaux, chers amis et public,
C’est avec beaucoup de regret que je manque ce rassemblement, retenu par quelques problèmes de santé passagers, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Régine Jacquemin s’est proposée d’être mon porte-voix, et je l’en remercie.
En juillet 2024, notre Amicale a organisé un parcours mémoire sur les traces du convoi 7909, dit Convoi de la Mort, qui nous a conduits à Sarrebourg le 4 juillet, pour une cérémonie très solennelle à la gare et pour une cérémonie en bordure des anciens quais de la gare de marchandises, où le convoi 7909 avait stationné le 4 juillet 1944.
Nous rappelions ce moment précis où le ravitaillement des déportés avait été rendu possible par les infirmières de la Croix-Rouge, après une dispute violente entre le capitaine Franz Mulher, posté à Sarrebourg, et le capitaine Friedrich Dietrich, en charge du 7909 depuis Novéant. Aidé par l’intervention du médecin-chef de l’hôpital de Sarrebourg, le capitaine Mulher obtiendra gain de cause en faveur du ravitaillement. Ce devait être le premier vrai ravitaillement depuis le départ du convoi de Compiègne le matin du 2 juillet.
Avec à son bord près de 2 200 hommes entassés à 100 par wagon, le convoi était resté bloqué à plusieurs reprises, entre Fismes et Reims, par des pannes de locomotive et des sabotages de voies, sous une chaleur accablante, 34 °C, la pire de ce mois de juillet 1944. Les gardiens interdirent l’ouverture des portes des wagons et tout ravitaillement en eau. Les rares tentatives de ravitaillement tentées par les populations civiles et le personnel de gare à Saint-Brice et à Reims furent ou bien empêchées, ou bien interrompues pour éviter les représailles.
Des vagues entières de détenus moururent de soif et d’asphyxie, ou plus brutalement sous l’emprise d’une folie meurtrière et sous la violence des coups occasionnés par les bagarres pour la survie. La seule première journée fit 400 victimes.
Après son passage à Revigny et à Novéant durant la journée du 3 juillet, où tout ravitaillement fut empêché, le convoi arriva à Sarrebourg le 4 juillet avec déjà 481 victimes à son bord, recensées précisément la veille par les gardiens SS.
À l’arrivée sur le quai de débarquement de Dachau, le 5 juillet, plus de 500 cadavres sont alignés et alimenteront le four crématoire du camp trois jours durant.
Le 4 juillet 2024, nous avions déposé une gerbe au pied de cet arbre planté pour la circonstance, et nous avions fait promesse de revenir cette année pour dévoiler une plaque. Je remercie monsieur Marty, maire de Sarrebourg, d’avoir permis ce rassemblement.
Si le groupe de notre association est bien moins nombreux cette année, du fait des nombreuses sollicitations en cette période de commémorations 2025, ce rassemblement conserve pour autant toute sa dimension et toute sa portée.
Devant l’engouement et le succès suscités par le parcours mémoire de 2024, notre association a reçu le souhait d’autres villes d’être associées à ce parcours mémoire, comme Soissons et Haguenau. Une suite sera donnée en 2026 pour compléter ce parcours mémoire et pour l’inscrire aux Chemins de Mémoire, avec l’appui du ministère des Armées.
Une plaquette et un film-reportage sont en cours d’édition ; ils retracent tous deux les moments clés de ce parcours mémoire. Enfin, un projet de documentaire télévisé sur le convoi 7909 est en développement avec le concours de FR3 Région.
Je tenais à partager ces différents éléments d’information avec vous tous. Car si nous avons pu sensibiliser le public et les médias à notre démarche, c’est aussi grâce à l’aide précieuse des différentes municipalités qui ont réservé le meilleur accueil à notre parcours mémoire. Votre présence aujourd’hui à Sarrebourg est la preuve avant tout de votre engagement et de votre fidélité.
Cette fidélité, nous la devons envers ces centaines de victimes du convoi 7909, parmi des millions d’autres, dont la dignité humaine fut broyée sous le poids de l’idéologie de haine et d’extermination portée par le régime nazi.
Notre monde contemporain fait face de nouveau à un déclin continu de la paix dans le monde, à une mise à l’épreuve de nos démocraties, avec de nombreux indicateurs clés qui précèdent les conflits majeurs et qui sont plus élevés qu’à tout autre moment depuis la Seconde Guerre mondiale.
Nous tous ici présents, public, associations et institutions publiques, devons nous comporter en sentinelles de la paix, en défenseurs des droits de l’homme et d’un monde où la dignité de chaque être humain est sacrée et inviolable.
Au nom de notre Amicale, je vous remercie encore de tout cœur pour votre présence en ce jour souvenir du 4 juillet. »
À noter que, plus tôt dans la journée, un hommage aux victimes du Train de la Mort avait également été rendu par l’union locale de la CGT, témoignant une fois encore de la profonde empreinte laissée par cette tragédie dans la mémoire collective.
Première partie : La Libération racontée par Jean Lafaurie
Né le 30 novembre 1923 à Cajarc, Jean Lafaurie passa son enfance chez ses grands-parents à Souillac, de l’âge de 5 à 17 ans. Dès 1940, après l’appel du général de Gaulle, il rejoignit la Résistance et s’engagea aux côtés des FTPF (Francs-tireurs et partisans français). Arrêté le 14 juillet 1943, il fut successivement emprisonné à Tulle, Limoges, puis à la prison centrale d’Eysses, près de Villeneuve-sur-Lot, où les autorités de Vichy avaient regroupé plusieurs centaines de résistants, en majorité communistes.
Il participa à la tentative de mutinerie du 19 février 1944, écrasée quelques jours plus tard par les troupes allemandes de la division Das Reich, future responsable du massacre d’Oradour-sur-Glane. En représailles, douze de ses camarades furent fusillés.
Le 30 mai 1944, près de 1200 détenus d’Eysses furent transférés à Compiègne, puis déportés le 18 juin à Dachau. Jean y arriva le 20 juin 1944, matricule 73618. Il fut libéré par les troupes américaines au printemps 1945.
La conférence a débuté par un entretien avec Jean Lafaurie, centenaire, qui aborda trois sujets : sa vie aux camps de Dachau et d’Allach (et plus particulièrement les jours ayant précédé la libération), son retour en France, et enfin le sens de son engagement actuel, à travers ses nombreux témoignages auprès des collégiens et lycéens.
Jean Lafaurie au Théâtre du Casino, Bagnères-de-Luchon
L’arrivée à Dachau et la vie au camp d’Allach
Avant son affectation au camp annexe d’Allach, Jean Lafaurie passa par le camp principal de Dachau. C’était la première fois qu’un convoi d’une telle ampleur, composé en majorité des prisonniers de la centrale d’Eysses mais aussi de nombreux détenus venant de Bordeaux, arrivait de France. Plus de deux mille hommes y furent ainsi déportés le 18 juin 1944.
À l’arrivée, Jean et ses camarades furent accueillis par « une espèce de fou », connu pour ses insultes dans toutes les langues et son « marteau en caoutchouc », qu’il appelait ironiquement « son interprète » et dont il se servait pour frapper ceux qui ne comprenaient pas ses ordres.
Les nouveaux arrivés furent ensuite répartis dans quatre chambrées. Jean fut affecté à la quatrième, où résidait notamment un ancien député de Düsseldorf, l’un des rares internés à conserver une lucidité et une dignité intactes après douze années de détention. Il conseilla Jean et ses camarades afin de leur éviter certaines brutalités du camp.
Jean partageait un lit étroit avec deux compagnons — l’un couchant la tête aux pieds de l’autre. Après trois semaines à Dachau, une sélection par métiers fut organisée. Ses deux camarades se déclarèrent maçons, et Jean, bien qu’ayant exercé brièvement ce travail, se présenta de même. Quelques jours plus tard, ils furent envoyés au camp d’Allach, où Jean demeura jusqu’à la libération.
Le camp d’Allach avait été établi pour fournir de la main-d’œuvre à l’usine BMW. Les déportés y étaient employés soit à la maçonnerie et à la fortification des bâtiments, soit sur les machines-outils pour fabriquer des pièces d’avions. Jean fut intégré à un kommando de 12 détenus : six à la maçonnerie, et six affectés à l’épluchage de légumes pour la cantine voisine, tâche d’autant plus cruelle qu’ils travaillaient en permanence tenaillés par la faim.
Entre eux, les déportés avaient consigne de faire le moins possible et, lorsqu’ils travaillaient dans l’usine, de saboter la production dès qu’ils le pouvaient. Jean et ses compagnons appliquaient la même stratégie sur les chantiers. Leur kapo, bien que « triangle vert » (droit commun), se montrait relativement bienveillant.
Un jour, Jean se blessa grièvement à la main avec une pointe rouillée. La plaie s’infecta rapidement, mais son petit kommando, toujours rentré en dernier au camp, n’arrivait jamais à temps pour accéder à une infirmerie déjà bondée de malades. L’infection devint si grave que son bras enfla dangereusement. Ses camarades intervinrent alors auprès du kapo, qui obtint d’un SS âgé qu’ils puissent quitter le chantier plus tôt.
À l’infirmerie, Jean demanda à voir « Boris », un Roumain ancien résistant à Marseille, réputé pour sa bonté. Celui-ci soigna correctement sa blessure. Jean, craignant de rester trop longtemps dans une infirmerie où beaucoup mouraient, refusa la convalescence en dortoir. Boris lui aménagea alors un lit de camp dans la pharmacie même, à l’écart, afin qu’il puisse récupérer sans courir le même risque que les autres détenus.
La libération du camp d’Allach
À cette époque, Jean avait changé de kommando et travaillait à la garde publique, une zone bombardée pratiquement chaque jour. Les détenus étaient chargés de remplacer rails et traverses, sous les ordres d’un cheminot allemand qui leur répétait : « La guerre est finie, il n’y aura plus de morts. » Mais Jean n’y croyait plus : il avait déjà trop entendu ces paroles.
Le 27 avril, au retour du travail, les prisonniers furent surpris de ne trouver aucun gradé SS à l’entrée du camp. La fuite des SS avait commencé… Mais un nouvel appel rassembla les détenus. Les Allemands exigèrent que les Russes se mettent à part. Malgré la solidarité entre prisonniers qui tenta d’empêcher leur identification, les SS, aidés par certains kapos et chefs de baraques, réussirent. Les Russes furent emmenés à quelques kilomètres… et mitraillés.
Le 28 avril, Jean s’éveilla tard et, d’abord, crut avoir manqué l’appel. Mais en constatant que ses camarades étaient toujours couchés, il comprit qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. L’un d’eux fut envoyé au comité international des déportés ; les autres restèrent cloîtrés, redoutant un piège. Il revint bientôt annoncer qu’il n’y avait plus de SS ni de kapos dans le camp. Les prisonniers accueillirent la nouvelle avec méfiance : la libération semblait proche, mais la peur d’un retour des nazis persistait.
Le 29 avril, la libération de Dachau fut confirmée. Les détenus d’Allach pensèrent être libres immédiatement, mais il leur fallut attendre encore un jour. Le 30 avril 1945, les canons se rapprochèrent, puis une jeep d’officiers américains entra dans le camp. Jean, affaibli et ne pesant plus que 36 kilos, dut être soutenu par deux camarades pour atteindre les barbelés et assister à cet instant.
Les Américains maintinrent les prisonniers un mois encore dans le camp, le temps d’organiser leur rapatriement. Durant cette période, le général Leclerc leur rendit visite, leur expliqua les raisons de cette attente et les salua comme de véritables soldats. En réponse, les déportés entonnèrent la Marseillaise.
La vie dans le camp restait cependant marquée par la faim, mais aussi par les excès alimentaires. Certains, affamés, mangèrent feuilles et herbes, au prix de nombreuses maladies. Plus tard, lors de l’arrivée de denrées, notamment de la charcuterie, beaucoup ne purent résister, malgré les avertissements des médecins. Leur organisme affaibli ne supporta pas ce choc : les décès se comptèrent alors par dizaines. Deux baraques entières durent être réquisitionnées pour soigner les malades, tant leur nombre était élevé.
Le retour en France
Après la libération de Dachau et Allach, Jean dut attendre un mois avant de pouvoir rentrer chez lui. Les survivants les plus valides furent rapatriés rapidement, mais Jean, qui ne pesait plus que 36 kilos, fit partie de ceux contraints de rester encore quelques semaines en Allemagne.
Il fut envoyé à Reichenau, sur le lac de Constance, dans une petite maison de pêcheurs réquisitionnée pour loger les rescapés. Il y vécut avec trois autres déportés. Le midi, un garde les menait à la cantine militaire, où des repas adaptés à leur état leur étaient servis. Le soir, ils cuisinaient eux-mêmes, profitant du potager, des lapins et des poulets laissés sur place, chacun préparant un plat de sa région.
Ils restèrent ainsi trois semaines, avant d’être conduits à la gare pour embarquer vers la France. En traversant la Suisse, Jean se souvient de tables dressées sur les quais, couvertes de croissants, de pain, de café, de chocolat, que des femmes suisses les encourageaient à manger. Mais le train ne s’attarda pas : malgré la bienvenue chaleureuse, un coup de sifflet rappela aussitôt les déportés à bord.
À Paris, gare de l’Est, ils furent dirigés vers l’hôtel Lutétia, centre d’accueil des rapatriés. Là, de nombreuses questions furent posées, ce qui agaça certains. En réalité, il s’agissait d’enquêtes destinées à identifier d’éventuels collaborateurs se faisant passer pour rescapés. On leur distribua aussi des tenues de miliciens, que Jean refusa catégoriquement de porter.
Alors qu’il attendait son titre de transport pour rentrer à Souillac, Jean fut appelé à l’accueil. Surprise : il ne connaissait personne à Paris. L’homme qui l’attendait était un certain Georges Lévy, que Jean avait aidé avant sa déportation, sans même mesurer l’importance de son geste. Un jour, Jean l’avait trouvé à la rue après avoir été chassé de son hôtel parce qu’il était juif. Il le recommanda à son employeur, qui manquait cruellement de main-d’œuvre, et il fut embauché malgré les interdictions. Jean lui avait aussi proposé une chambre libre chez sa grand-mère, proposition que Georges avait refusée pour ne pas la mettre en danger. Reconnaissant, Lévy invita Jean à passer la journée avec sa famille — malgré les 17 proches qui, eux, n’étaient jamais revenus.
Peu après, Jean prit le train pour Souillac, où un comité d’accueil l’attendait dans un hôtel du village, une grande table ayant été dressée pour fêter son retour. Il y retrouva notamment son oncle.
Durant le trajet, il avait fait la connaissance d’une jeune rescapée de Ravensbrück. À l’arrivée, leurs chemins se séparèrent : lorsqu’elle retrouva sa mère venue la chercher, cette dernière sombra sous le choc émotionnel. Jean, de son côté, refusa le taxi qui lui était attribué : il voulait parcourir à pied le dernier kilomètre, respirer l’air, voir les arbres en fleurs, entendre les oiseaux chanter. En marchant, il se mit à chanter. C’est ainsi qu’il rentra chez lui.
La transmission
À la fin de son récit, Jean confia que le monde actuel l’inquiétait, car il y retrouvait certains ingrédients des années 1933-1936, à l’époque de la montée des régimes totalitaires. C’est aussi pour cette raison qu’il tient à poursuivre ses interventions dans les écoles, afin de sensibiliser les jeunes et de leur rappeler comment, à peine plus âgés qu’eux, d’autres avaient su réagir.
Aux élèves, Jean insiste toujours sur l’importance de la solidarité, qui fut cruciale pour les déportés d’Eysses. À leur arrivée en Allemagne, ils furent dispersés : certains restèrent en grand groupe (notamment ceux qui furent envoyés à Allach), d’autres furent répartis dans divers kommandos isolés. Dans ces derniers, privés d’entraide, les pertes furent particulièrement lourdes.
À Dachau et Allach, les déportés d’Eysses mirent en place une règle simple : veiller les uns sur les autres et intervenir dès qu’un camarade perdait le moral. Ils l’encourageaient, lui racontaient des anecdotes, parfois même partageaient avec lui un peu de leur ration. Chaque jour, chacun prélevait un minuscule morceau de son pain. Individuellement insignifiant, mais collectivement, cela formait une réserve suffisante pour redonner des forces à ceux qui s’effondraient. Quelques mots réconfortants, une ration de pain partagée, et déjà une étincelle renaissait dans les yeux du camarade : il était sauvé.
Jean lui-même vécut cette expérience. Grièvement infecté à la main, abattu par la douleur, il avoua à ses proches qu’il voulait renoncer. Un camarade lui lança qu’il le réveillerait d’un coup de pied s’il se laissait mourir, et lui offrit une ration de pain supplémentaire. Ces gestes, simples et fraternels, l’ont sans doute sauvé.
Un jour, défiant les interdits, les résistants d’Eysses entonnèrent même la Marseillaise dans le camp. Un acte audacieux, témoin de leur esprit de résistance et de leur solidarité indéfectible.
Seconde partie : Résistance et passeursdans les Pyrénées, en France et en Espagne
Après le témoignage de Jean, Dominique Boueilh a introduit la seconde partie de la conférence, consacrée aux passeurs dans les Pyrénées. Celle-ci s’est articulée en deux volets :
l’intervention de Thomas Ferrer, qui a proposé un large panorama de l’histoire des passeurs pyrénéens ;
l’intervention de Cristina Cristóbal, qui, à travers deux biographies d’Espagnols, a permis de mieux comprendre ce qui s’est joué de l’autre côté de la frontière franco-espagnole.
Intervention de Thomas Ferrer, auteur de Passeurs et Évadés dans les Pyrénées
Les sources historiques
La documentation issue des passages clandestins provient de deux types de sources :
Celles liées aux résistants et aux fugitifs eux-mêmes (témoignages d’après-guerre, objets comme des faux papiers ou des tampons transmis après la guerre aux archives départementales, etc.).
Celles produites par les forces de répression, beaucoup plus nombreuses : rapports d’arrestations, relevés établis par l’administration allemande.
Thomas Ferrer nous a notamment montré un document issu des archives départementales de Tarbes, recensant 737 arrestations allemandes dans le département, dont de nombreuses liées aux tentatives de franchissement de la frontière. Beaucoup des arrêtés étaient de jeunes hommes, âgés d’une vingtaine d’années, précisément la classe visée par le STO instauré en février 1943. En effet, plus de 600.000 jeunes furent envoyés en Allemagne pour le travail forcé, mais d’autres choisirent la clandestinité : maquis, cachettes… ou exil vers l’Espagne.
Toutes ces sources ont permis aux historiens de reconstituer l’histoire des passages à travers les Pyrénées, tout en mettant en lumière de nombreux parcours individuels. Lors de son intervention, Thomas Ferrer a illustré chacun de ses propos par des documents précis, ce qui lui a également donné l’occasion de raconter de multiples destins, parfois ceux de figures connues (comme les résistants Albert Marie Guérisse, alias Pat O’Leary, et Francisco Ponzán Vidal, qui créèrent des réseaux de passeurs), parfois ceux d’anonymes.
Qui étaient ceux qui franchissaient les Pyrénées ?
Entre 1939 et 1945, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont traversé les Pyrénées pour rejoindre l’Espagne. Il est intéressant de s’interroger sur l’identité de ces fugitifs.
Les familles juives : dès 1940, elles tentent d’échapper aux persécutions et à l’occupation nazie. Ces passages se poursuivent jusqu’en 1944.
Les militaires alliés : surtout des Anglais puis des Américains, notamment des aviateurs abattus en territoire français, qui devaient impérativement être exfiltrés pour regagner l’Angleterre. Leur sauvetage nécessita la mise en place de réseaux organisés.
Les évadés de France : il s’agit souvent de jeunes hommes, réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO). Ils franchissent la frontière dans l’espoir de rejoindre l’Afrique du Nord, d’y recevoir une formation militaire et de s’engager ensuite dans les Forces françaises libres. Certains de ces évadés participèrent notamment au débarquement de Provence, le 15 août 1944.
Les résistants identifiés : Français « grillés », c’est-à-dire repérés par la police ou la Gestapo. Beaucoup avaient déjà été arrêtés, parfois évadés, et étaient contraints de quitter la France pour sauver leur vie et continuer le combat.
On estime le nombre d’évadés à environ 30.000. Parmi eux, 25.000 s’engagèrent véritablement dans les Forces françaises libres. Les autres furent arrêtés (certains exécutés ou déportés sans retour), ou s’arrêtèrent en Espagne (certains ayant franchi la frontière trop tardivement, alors que la guerre touchait presque à sa fin).
Quant aux Juifs, les estimations oscillent très fortement, mais on pourrait évaluer à 25.000 à 30.000 ceux qui tentèrent de traverser les Pyrénées, pour gagner les États-Unis via le Portugal.
À noter que, parmi les fugitifs, il n’y eut pas que des Français : Belges, Anglais, Hollandais et autres nationalités européennes passèrent également la frontière, certains pour rejoindre l’Angleterre et reprendre le combat.
Outre les fugitifs, il y avait ceux qui les aidaient : les passeurs et leurs réseaux.
Les passeurs eux-mêmes devaient être de robustes marcheurs, habitués à la montagne. C’étaient souvent des skieurs, chasseurs, bergers ou contrebandiers. Thomas Ferrer a notamment évoqué le cas de François Vignole (Vignolas), champion de ski. Son cousin Marco, resté en Espagne, récupérait de l’autre côté de la frontière les personnes qu’il avait fait passer. Pour dissimuler ses activités clandestines, Vignole tenait avec sa femme un magasin d’articles de loisirs, tandis qu’il continuait ses compétitions officielles : ironie de l’histoire, il fut récompensé en 1943 par le régime de Vichy lors d’une course de ski, au moment même où il faisait passer des fugitifs tous les quinze jours.
Autour de ces passeurs gravitaient les agents de liaison, faussaires, hébergeurs, constituant une chaîne humaine diversifiée.
Des gendarmes et policiers résistants tenaient aussi un rôle essentiel, souvent au prix d’un double jeu dangereux. À la Libération, certains furent injustement soupçonnés, mais leurs chefs de réseau rédigèrent des rapports pour témoigner de leur action.
Les femmes jouèrent également un rôle central. Certaines devinrent des pivots logistiques, mettant leur domicile à disposition d’évacués, fournissant logement, matériel et préparation pour deux ou trois jours de marche.
Ces résistants étaient classés selon trois catégories :
P0 : agents occasionnels.
P1 : résistants conservant une vie publique normale, tout en aidant régulièrement.
P2 : clandestins à plein temps, consacrant toute leur énergie à la Résistance.
Les membres de ces réseaux risquaient leur propre vie pour en sauver d’autres, comme l’a rappelé Thomas Ferrer en présentant plusieurs rapports d’arrestation illustrant le destin tragique de quelques figures connues, mais aussi de nombreux anonymes.
Ainsi, le 10 juin 1943, trois jeunes résistants d’un même réseau – Eugène, Gabriel et Yvonne – sont arrêtés après avoir été dénoncés par un Alsacien qu’ils avaient aidé à franchir les Pyrénées. Capturé, celui-ci avait parlé sous la torture. Yvonne est déportée à Ravensbrück ; elle en revient gravement atteinte par la tuberculose et décède en 1946, après plusieurs séjours à l’hôpital. Gabriel est envoyé à Buchenwald, puis transféré au camp de Dora, où il meurt. Eugène, lui aussi interné à Buchenwald, est le seul des trois à survivre à la déportation.
Parmi les résistants célèbres, Thomas Ferrer a également évoqué les destins d’Albert Guérisse (dit Pat O’Leary) et de Francisco Ponzán Vidal, qui finirent tous deux par être arrêtés. Pat O’Leary fut déporté : il passa successivement par Neue Bremm (Sarrebruck), Mauthausen, Natzweiler-Struthof, puis Dachau, d’où il eut la chance de sortir vivant. En revanche, Francisco Ponzán Vidal, après sa capture le 28 avril 1943 et son incarcération à la prison Saint-Michel à Toulouse, ne fut pas déporté à l’instar de la plupart des résistants du Sud-Ouest. Malheureusement, le 17 août 1944, alors que les troupes allemandes évacuaient Toulouse, il fut extrait de sa cellule et sommairement exécuté à Buzet-sur-Tarn, avec une cinquantaine d’autres détenus. Parmi les victimes figurait également André Fourcade, grande figure de la Résistance à Tarbes.
Les traversées : un risque permanent
La traversée se faisait généralement de nuit, par des chemins escarpés, difficiles d’accès mais moins surveillés. Les passeurs s’appuyaient sur des informations concernant les itinéraires des patrouilles ennemies. Quelques centaines de soldats allemands et autrichiens, spécialisés en montagne, surveillaient la frontière : un nombre limité, mais suffisant pour faire de chaque passage une opération dangereuse, où la capture signifiait presque toujours interrogatoire et déportation.
Thomas Ferrer a présenté divers itinéraires, en insistant sur la zone de Luchon et sur le parcours mémoriel de Marignac, jalonné de panneaux explicatifs retraçant notamment le passage d’un groupe en octobre 1943.
Ce groupe comprenait Paul Mifsud, 18 ans, décidé à rejoindre les troupes libres, et la famille Duffoir – Paulette et Pierre, avec leur fille Josette, âgée de 11 ans. Les Duffoir, compromis dans la Résistance, avaient été identifiés et devaient fuir.
Lors du franchissement du col du Burat, une tempête de neige les surprend. Le passeur Bordes prit Josette sur ses épaules, tandis que sa mère perdit ses chaussures et acheva la traversée pieds nus dans la neige. L’épopée se conclut par un succès : tous atteignirent l’Espagne.
Chacun poursuivit ensuite son engagement : Paul Mifsud devint marin sur un torpilleur, les Duffoir partirent en Angleterre, puis Pierre fut parachuté en Bretagne en 1944 pour participer activement à la Libération.
Cette exfiltration par les Pyrénées, comme toutes les autres, fut rendue possible grâce à un vaste réseau hétéroclite : passeurs montagnards, paysans, cheminots, républicains espagnols réfugiés, résistants organisés.
C’est ce tissu de solidarité qui permit à des milliers de personnes – familles juives, aviateurs alliés, jeunes réfractaires, résistants traqués – d’échapper aux nazis et de poursuivre la lutte pour la liberté.
Intervention de Cristina Cristóbal, présidente de l’Amicale espagnole de Dachau
Les républicains espagnols devenus passeurs
À la fin de la guerre d’Espagne, entre 1939 et 1940, des centaines de milliers de républicains espagnols fuyant la victoire franquiste franchirent les Pyrénées pour trouver refuge en France. Cet exode massif, connu sous le nom de Retirada, conduisit hommes, femmes et enfants vers des camps d’internement improvisés dans le sud de la France. Malgré des conditions de vie difficiles, une partie importante de ces réfugiés choisit par la suite de s’engager activement dans la lutte contre l’Occupation nazie. Nombre d’entre eux rejoignirent la Résistance française et participèrent à des actions de sabotage, de renseignement et de combat, jouant ainsi un rôle notable dans la Libération.
Beaucoup se sont également illustrés en devenant passeurs dans les Pyrénées. Grâce à leur connaissance des itinéraires montagnards et de la frontière, ces passeurs espagnols ont permis à de nombreux Français, Juifs, résistants, aviateurs alliés et autres Européens poursuivis par l’occupant nazi de franchir clandestinement les cols pyrénéens.
Certains réseaux, comme celui de l’anarcho-syndicaliste espagnol Francisco Ponzán Vidal, ont organisé des centaines de passages vers l’Espagne, contribuant à sauver de nombreuses vies et à faire circuler des informations stratégiques. Leur engagement, motivé autant par leur lutte antifasciste que par l’espoir d’une future libération de l’Espagne, a marqué l’histoire locale et européenne de la Résistance.
Une fois arrivés en Espagne, le parcours restait dangereux : la frontière était sous strict contrôle du régime franquiste, et de nombreux fugitifs étaient d’ailleurs arrêtés par les douaniers ou carabineros espagnols dans les villages-frontière ou les fonds de vallée. Très souvent, ils étaient internés dans des prisons ou dans le camp de Miranda-del-Ebro (le plus tristement célèbre), avant éventuellement de pouvoir demander l’asile ou de poursuivre leur route, parfois vers le Portugal, Gibraltar ou en direction du Royaume-Uni et des forces alliées.
Deux histoires de passeurs espagnols
Les frères Hébrard Luis
Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux fugitifs traversant les Pyrénées cherchaient à rejoindre Barcelone, afin de se réfugier auprès des consulats britannique et américain.
La première histoire contée par Cristina Cristóbal est justement celle de deux Espagnols nés à Barcelone et devenus passeurs dans les Pyrénées : Albert Hébrard Luis (1916-1993) et Jordi Hébrard Luis (1918-2006).
Jordi et Albert, 1941 (c) archives photos de la famille Ruiz Elias
Albert et Jordi avaient des origines françaises. François Hébrard, soldat de Napoléon, s’était installé en Espagne, au consulat de Tarragone. Tout en y faisant souche, il conserva des attaches en France, où il acheta même une maison. Son fils Léandre eut plusieurs enfants, dont Albert et Jordi, qui naquirent à Barcelone.
Lorsque la guerre civile espagnole éclata, la famille quitta l’Espagne pour rejoindre sa maison en France. Elle apporta également son aide à de nombreux réfugiés espagnols en fuite.
Albert, mécanicien dans l’aviation et homme très sportif, robuste, grand connaisseur de la montagne, était particulièrement apte à devenir passeur. Avec son frère Jordi, ils se trouvaient donc en France à cause de l’exil provoqué par la guerre civile espagnole… Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata.
Être passeur était une mission extrêmement périlleuse. Après avoir parcouru une trentaine de kilomètres à pied dans les Pyrénées, il fallait encore continuer côté espagnol, souvent jusqu’à Nuria, puis Barcelone. À chaque étape, les passeurs étaient traqués à la fois par les autorités françaises, par les Allemands, et par la Guardia Civil espagnole. Pour échapper aux chiens lancés à leurs trousses, Albert et Jordi frottaient leurs chaussures de poivre afin de brouiller les pistes.
Ces traversées n’auraient pas été possibles sans les passeurs, mais aussi sans l’appui d’un large réseau de solidarité. Une fois arrivés en Catalogne, les fugitifs trouvaient refuge dans l’une des maisons de la famille, à Barcelone. C’était vital, car la ville comptait alors de nombreux SS allemands. Là, ils pouvaient se reposer, changer de vêtements pour se fondre dans la population catalane, puis repartir vers Madrid, Lisbonne ou encore plus au sud.
Cette famille, parlant français, espagnol, catalan et anglais, jouait un rôle essentiel. Albert et Jordi détenaient en outre la double nationalité, française et espagnole, ce qui pouvait leur sauver la vie en cas de contrôle.
Ainsi, la famille Hébrard, d’origine française, s’était réfugiée en France dès la guerre civile espagnole grâce à ses attaches et à sa maison de l’autre côté de la frontière. Elle avait déjà vécu une première traversée, de l’Espagne vers la France. Mais avec la Seconde Guerre mondiale, la route fut reprise en sens inverse : cette fois vers Barcelone, où Albert et Jordi finirent d’ailleurs leur vie.
Isidro Sánchez Sánchez
Né à Madroñera en Espagne, Isidro Sánchez Sánchez (1909-1977) vécut d’abord la guerre civile, engagé dans l’armée républicaine. Contraint à l’exil, il gagna la France et rejoignit ensuite la Brigade de l’Ariège. De 1942 à 1943, il devint passeur sur l’itinéraire Toulouse-Andorre. Contrairement à d’autres, il assumait ce rôle armé d’un pistolet, prêt à se défendre.
Arrêté, il fut détenu à la prison d’Eysses, puis déporté à Dachau et Allach. Libéré, il fut rapatrié en France. Il termina sa vie à Toulouse.
Un point important soulevé ici par Cristina Cristóbal concerne la difficile question de la nationalité et du rapatriement des républicains espagnols. Beaucoup, comme Isidro, avaient risqué leur vie pour la France et pour la liberté en intégrant la Résistance. Impossible pour eux de rentrer dans une Espagne toujours sous la dictature franquiste. La France leur reconnut finalement le droit d’être rapatriés comme des Français.
Isidro revint ainsi en France après sa déportation : d’abord accueilli à l’hôtel Lutetia, à Paris, comme tant d’anciens déportés, il s’installa ensuite à Toulouse. Il lui fallut encore prouver officiellement son engagement dans la Résistance française.
Son engagement et celui des passeurs comme lui restent un témoignage important de la solidarité transfrontalière contre le fascisme et l’occupation pendant cette période tragique.
Du 13 au 15 juin 2025, l’Amicale de Dachau a tenu son congrès annuel dans les Hautes-Pyrénées. Nous étions d’abord présents à Marignac et Cier-de-Luchon le vendredi 13 juin, puis à Bagnères-de-Luchon les samedi 14 et dimanche 15 juin. À l’occasion du 80e anniversaire de la Libération, une attention particulière a été portée au thème des passeurs et de la liberté retrouvée, comme vous pourrez le découvrir au fil de ce compte rendu.
Notre congrès a débuté le vendredi 13 juin par un déjeuner convivial à Marignac, l’occasion de retrouver des visages familiers mais aussi de faire connaissance avec de nouveaux participants. À l’issue de ce repas, nous nous sommes rendus à la salle des fêtes de Marignac, où notre exposition « Dachau » était ouverte au public depuis le 11 juin et le resterait jusqu’au 20 juin. Ce fut pour certains l’opportunité de découvrir les 25 panneaux de notre exposition itinérante, qui circule à travers la France depuis près de dix ans.
Petite surprise préparée par notre président, Dominique Boueilh : aux côtés de l’exposition « Dachau », nous avons pu voir également, en format réduit, l’exposition réalisée par l’Union des associations de mémoire des camps nazis, « Mémoires de déportations : témoignages d’hier, regards d’aujourd’hui ».
Après un mot de bienvenue de Dominique Boueilh, un guide local nous a présenté les « Chemins de la Liberté », en insistant particulièrement sur le parcours pédagogique de Marignac, que les plus motivés parmi nous ont entrepris immédiatement après la présentation.
Le parcours pédagogique à Marignac
Sous une forte chaleur, nous avons effectué une version réduite de ce parcours pédestre. Ce circuit de 4 km, jalonné de 12 panneaux explicatifs, retrace l’histoire des traversées clandestines des Pyrénées durant la Seconde Guerre mondiale, notamment celle de Paul Mifsud, de la famille Duffoir et de leurs compagnons en octobre 1943.
Chaque panneau illustre une étape ou un aspect essentiel du périple :
le contexte historique des passages pyrénéens, d’abord empruntés par les contrebandiers puis par les Républicains espagnols, avant de devenir une voie d’évasion pour des milliers de réfugiés et de résistants ;
les portraits des principaux protagonistes : Paul Mifsud, déterminé à rejoindre les troupes libres en Angleterre ; la famille Duffoir (un couple de résistants et leur fillette) ; Jean, ainsi que des passeurs et autres « figures de l’ombre » qui ont risqué leur vie pour guider les fugitifs ;
l’organisation mise en place par un réseau de résistants pour exfiltrer les personnes traquées par les nazis, en assurant vivres, sécurité et orientation clandestine ;
la préparation de la traversée, ses dangers, les obstacles naturels et humains, et le risque constant d’être capturé ou dénoncé ;
les étapes géographiques du trajet de Marignac vers Bausen (Val d’Aran) par le mont Burat, ponctuées de récits individuels et collectifs ;
le rôle décisif du réseau de solidarité local, illustré par de nombreux témoignages sur le soutien des habitants ;
les conséquences des traversées, réussies ou non : la liberté retrouvée ou, parfois, l’emprisonnement tragique.
Les « Chemins de la Liberté » perpétuent la mémoire de Paul Mifsud, de la famille Duffoir et de tant d’autres, et rendent hommage à toutes celles et ceux qui, grâce au courage collectif et anonyme des réseaux locaux, ont échappé à la barbarie. Chaque étape du parcours invite à réfléchir sur l’humanité et les valeurs républicaines défendues durant cette période sombre de l’histoire régionale.
À l’issue de la marche, nous avons retrouvé la salle des fêtes de Marignac pour partager un verre de l’amitié offert par la mairie. Ceux qui n’avaient pas souhaité participer au parcours ont pu patienter en visionnant en avant-première le film réalisé par Marie-Dominique Dhelsing. Ce documentaire retrace le parcours mémoriel de Compiègne à Dachau accompli par notre Amicale en juillet 2024, à l’occasion du 80e anniversaire du Train de la Mort (voir ici pour plus détails sur ce pélerinage). Le film sera prochainement disponible et nous vous en informerons dès que possible.
Enfin, la journée s’est poursuivie à Cier-de-Luchon, avec une cérémonie commémorative organisée à 19 h, suivie d’un repas chaleureux en compagnie des habitants de Cier-de-Luchon et des environs. Ce dîner fut particulièrement émouvant, car il permit à trois descendants de déportés locaux de s’exprimer publiquement, parfois pour la toute première fois, afin de partager l’histoire de leur père ou de leur mère.
Après un grand soleil, la pluie s’invite lors de notre cérémonie à Cier-de-Luchon.
Le lendemain, samedi 14 juin, nous nous sommes retrouvés de bonne heure à l’hôtel Castel d’Alti de Bagnères-de-Luchon pour participer à notre Assemblée générale 2025, qui s’est déroulée tout au long de la matinée.
Bagnères-de-Luchon
Après un déjeuner convivial au restaurant panoramique des Thermes de Bagnères-de-Luchon, nous avons gagné le Théâtre du Casino pour assister au temps fort de notre congrès : le colloque « Résistance et Déportation dans le Luchonnais ». Celui-ci s’articulait en deux volets :
d’abord, un entretien avec Jean Lafaurie, déporté à Dachau et aujourd’hui âgé de 102 ans, qui a livré avec émotion son témoignage, revenant plus particulièrement sur le moment de la libération ;
puis un exposé consacré à la Résistance et aux passeurs dans les Pyrénées, en France comme en Espagne, animé par Thomas Ferrer, auteur de Passeurs et Évadés dans les Pyrénées, et Cristina Cristóbal, présidente de l’Amicale espagnole de Dachau.
Le compte rendu complet de ce colloque est disponible ici.
Au Théâtre du Casino : Cristina Cristóbal et Thomas Ferrer ; Jean Lafaurie interviewé par Dominique Boueilh.
Pour clore cette deuxième journée, une cinquantaine d’entre nous se sont retrouvés à la Guinguette du Lac de Badech pour partager un dîner savoureux dans une ambiance chaleureuse. Le trio Indigo, composé de Céline, Manon et Marie, y a interprété a capella plusieurs chants en langue occitane. À l’issue du repas, nous avons assisté, au bord du lac, à la crémation du brandon de la Liberté. Nous avons ensuite regagné la Guinguette afin de participer au bal de clôture, animé par les jeunes musiciens du groupe Estornapic ainsi que par des passionnés de danse traditionnelle, généreux de leurs conseils. Jean Lafaurie, notre invité d’honneur, fut parmi les derniers à quitter cette soirée mémorable…
Soirée à la Guinguette du Lac de Badech
Enfin, dimanche 15 juin, une visite pédestre de Bagnères-de-Luchon était au programme. Mais la pluie s’étant invitée dès le matin, la plupart d’entre nous a préféré demeurer à l’hôtel… Fort heureusement, le temps s’est éclairci avant midi, ce qui nous a permis de clore ce congrès 2025 par une belle cérémonie au monument aux morts, suivie d’une réception à la mairie de Bagnères-de-Luchon, avant de partager un dernier repas au restaurant.
Alicia GENIN
Cérémonie au monument aux morts de Bagnères-de-LuchonRéception à la mairie de Bagnères-de-Luchon
Cette année, la France a célébré le 80e anniversaire de l’armistice du 8 mai 1945, marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Partout dans le pays, des cérémonies officielles, et des rassemblements ont eu lieu pour rendre hommage aux combattants et aux victimes du conflit, perpétuant ainsi la mémoire de cet événement fondateur de l’histoire contemporaine.
À Paris, la cérémonie nationale s’est tenue autour de l’Arc de Triomphe et sur les Champs Élysées, en présence du Président de la République. Le programme a débuté en fin d’après-midi avec un dépôt de gerbe devant la statue du général de Gaulle, suivi d’une revue des troupes et d’un discours présidentiel. Après le ravivage de la flamme du Soldat inconnu, la Patrouille de France a survolé la capitale, ponctuant l’hommage national d’un lâcher de fumigènes tricolores.
Dans toutes les régions, des cérémonies similaires ont été organisées, rassemblant autorités civiles et militaires, élus, associations d’anciens combattants et scolaires. Ces commémorations ont permis de transmettre la mémoire de la guerre et de ses sacrifices aux jeunes générations, tout en rappelant les événements marquants, comme le massacre de la Braconne en Charente ou les drames survenus en Algérie le 8 mai 1945.
Ce 8 mai 2025, la France entière s’est ainsi unie dans le recueillement et la célébration de la paix retrouvée, 80 ans après la capitulation de l’Allemagne nazie.
Du côté de Créancey…
Ce 8 mai 2025, à Créancey, la commémoration du 80e anniversaire de la libération des camps et de la signature de l’Armistice a revêtu un caractère particulièrement solennel. En effet, Madame la Maire, le Conseil municipal, les élèves, leurs enseignantes et notre association ont célébré ensemble cet événement.
Les élèves de grande section, accompagnés de leur maîtresse Mathilde Déchaux, ont créé et présenté des saynètes retraçant la vie des enfants dans un village rural pendant la Seconde Guerre mondiale : le départ du père, les pénuries, l’arrivée des réfugiés et la présence des résistants. Les plus jeunes, quant à eux, ont réalisé des dessins et écrit des poèmes.
Devant le monument aux morts, après avoir écouté le discours de Madame la Maire, les enfants ont chanté la Marseillaise, lu le poème « Liberté » de Paul Éluard, puis déposé quarante roses blanches devant les quarante noms inscrits sur le monument.
Parallèlement, notre exposition consacrée au camp de Dachau se tenait dans la salle de la mairie et a rencontré un vif succès. Les élèves de CM1 et CM2, accompagnés de Mathilde Déchaux, sont venus échanger autour de cette exposition.
Un verre de l’amitié a clôturé cette journée riche en souvenirs.
Françoise GINIER-POULET Délégation Bourgogne
Françoise Ginier présentant notre expo aux jeunesLes dessins des plus jeunes
Et dans le Maine-et-Loire
Lors de la cérémonie du 8 mai, date officielle de la victoire des forces alliées sur l’Allemagne nazie, marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous nous sommes réunis près du monument aux morts de Saint-Pierre-Montlimart, dans le Maine-et-Loire. Serge Quentin, maître de cérémonie, accompagné de l’harmonie du Val d’Evre, a conduit l’événement avec le soutien de dix associations d’anciens combattants de la région, ainsi que de l’Amicale de Dachau, que je représentais avec notre drapeau.
Monument aux morts à Saint-Pierre-Montlimart, 8 mai 2025, Serge Quentin, Sandra Quentin porte-drapeau de l’Amicale, le maire Christophe Dougé et la députée Nicole Dubré-Chirat.
Une première gerbe a été déposée par Christophe Dougé, maire de Montrevault-sur-Evre, suivie d’une seconde offerte par Nicole Dubré-Chirat, députée de la sixième circonscription. Quelques roses ont également été déposées par de jeunes enfants, symbolisant la transmission de la mémoire.
L’harmonie du Val d’Evre a résonné dans nos cœurs tout au long de la cérémonie, de la Marseillaise au Chant des marais. Une manière forte de perpétuer le souvenir et de repartir porteurs de l’espoir du « never again ».
Message pour la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation
Au printemps 1945, il y a 80 ans, la progression des armées alliées mettait progressivement un terme à ce qui fut l’univers concentrationnaire nazi. Depuis quelques années, le 27 janvier anniversaire de la libération d’Auschwitz, est devenu le symbole de la commémoration de la Shoah. Cependant cette date ne marqua ni le commencement ni le terme de la libération des camps. La fin des souffrances était encore éloignée pour tous les détenus en vie.
En effet, près de 300 000 détenus des camps de concentration périrent dans des conditions effroyables, soit plus du tiers de l’effectif encore présent dans les camps en janvier 1945. Le retour des déportés à la liberté ne peut être dissocié de ces épisodes d’évacuation, de ces « marches de la mort », ni des drames et massacres qui les ont accompagnés.
Lorsque leurs bourreaux les abandonnèrent et qu’ils furent enfin délivrés, ces déportés de toutes origines, résistants, opposants, persécutés portaient en eux les terribles séquelles des camps qui ne devaient plus les quitter. La liberté retrouvée sonnait aussi pour eux comme un abandon de leurs camarades morts en déportation.
Ce drame humain doit nous rappeler combien il est essentiel de défendre et de préserver les valeurs universelles de dignité, de liberté, de fraternité car la loi du plus fort risque, une fois encore, de bouleverser les équilibres mondiaux.
En rendant hommage à tous les Déportés en ce dernier dimanche d’avril, jour de commémoration nationale voulu par tous les survivants à leur retour, et à une période d’une singulière gravité où tout l’acquis du passé semble vaciller, nos générations qui n’ont pas connu l’horreur des camps doivent poursuivre le combat pour bâtir un monde de paix, de justice et de tolérance.
Ce message a été rédigé conjointement par la Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP) ; la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) ; l’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés et Familles de disparus – Fédération Nationale des Déportés et Internés de la Résistance (UNADIF – FNDIR) ; avec le concours des Associations de mémoire des camps.
Blois
Le 27 avril 2025, une cérémonie s’est tenue à Blois, en présence de nombreuses personnalités, des associations patriotiques, des porte-drapeaux, des enfants des écoles Marcel-Bühler, des familles des déportés du Loir-et-Cher, ainsi que de la chorale « Les Braciphonies ».
À cette occasion, l’exposition « Un nom, un visage », réalisée par la FNDIRP/ADIRP 41 et visible depuis le 22 avril, était présentée. Vingt-et-un portraits de déportés du département étaient ainsi révélés au public, accrochés aux grilles de la préfecture de Blois jusqu’au 12 mai 2025, permettant aux nombreuses familles invitées de rendre hommage à leurs proches.
La chorale a interprété la chanson « Nuit et Brouillard », ajoutant à la solennité du moment. Deux gerbes ont été déposées : la première, au nom de l’Amicale du camp de concentration de Dachau, par des enfants des écoles et des familles de déportés à Dachau ; la seconde, pour la FNDIRP/ADIRP 41, par la présidente accompagnée d’une fille de déportée et d’enfants.
La cérémonie s’est clôturée par un vin d’honneur au Conseil départemental, réunissant un public particulièrement nombreux, venu partager ce moment de mémoire et de recueillement.
Martine AUBRY-RIGNY
Cholet
En cette Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation, dimanche 27 avril 2025 en fin de matinée, une cinquantaine d’élus, de membres d’associations, de citoyens et de lycéens se sont rassemblés sur la place Créac’h-Ferrari pour rendre ce traditionnel hommage aux victimes et aux survivants de la déportation, en présence des autorités et des élus. Cette cérémonie, instaurée le 14 avril 1954 à la demande des déportés, commémore la mémoire de ceux qui ont perdu la vie en déportation.
Serge Quentin, vice-président de l’Amicale de Dachau, a lu le message officiel des associations, aux côtés de Gilles Bourdouleix, maire de Cholet, Corine Minot, sous-préfète de l’arrondissement de Cholet, André Augé, président de la Médaille militaire à Cholet, et François Michel Soulard, président du Souvenir Français.
Cette belle cérémonie, à la fois sobre et émouvante, a rappelé l’importance de défendre et de préserver les valeurs universelles de dignité et de liberté.
Les lycéens de l’établissement Fernand Renaudeau ont lu les noms des 56 déportés du Choletais, entourés d’une dizaine de porte-drapeaux fidèles à ces commémorations.
Les autorités se sont ensuite avancées au pied du monument dédié aux déportés juifs du Choletais, en présence de M. Bertrand Bossy, historien de la déportation des juifs dans les Mauges, pour y déposer les traditionnelles gerbes.
Pour rappel, la Médaille militaire, reconnaissable à ses bandes jaune et verte, a été créée par Louis-Napoléon en 1852. Elle constitue la deuxième distinction des ordres nationaux, juste après la Légion d’honneur, et porte la devise « Valeur et Discipline ».
Sandra QUENTIN
Cholet, place Créac’h-Ferrari, dimanche 27 avril 2025
Dijon
« C’est d’une importance capitale d’être présent ici aujourd’hui. » Paroles d’un jeune porte-drapeau
France 3 Bourgogne a suivi la cérémonie qui s’est tenue au square Debeaumarchais (Dijon) ce 27 avril.
Après la lecture de textes et les discours des autorités présentes, des fleurs ont été distribuées à tous les participants, puis déposées en silence en hommage aux déportés. Ces fleurs, toutes différentes, symbolisaient la diversité des personnes déportées dans les camps.
Henri Mosson, 101 ans, ancien déporté NN au Struthof, était présent. Il témoigne :
« J’ai été déporté dans ma prime jeunesse, j’ai été condamné à mort ici, à Dijon, mais je n’ai pas été fusillé. J’ai été considéré comme un ennemi. »
Des jeunes étaient également présents, comme Timéo Hudelot, porte-drapeau pour l’Association nationale des sous-officiers de réserve de l’armée de l’air et de l’espace 21, qui estime sa présence indispensable :
« Cette sombre période de l’Histoire, il ne faut jamais oublié qu’elle a existé. »
Thomas Bidault, membre du CNSRD et de l’association Histoire au présent, ajoute :
« On a un rôle déterminant à jouer pour faire vivre cette mémoire, réfléchir à de nouvelles façons de transmettre les mémoires pour tous les jeunes. »
En Côte-d’Or, 962 personnes ont été déportées, dont 489 ne sont jamais revenues. Les associations de résistants et de déportés s’engagent pour que cette histoire soit transmise aux jeunes générations.
(Extrait d’articles de A. Cochet et G. Robin, France 3 Bourgogne Franche-Comté)
Françoise GINIER-POULET Délégation Bourgogne
Narbonne
« La plus belle des sépultures des morts, c’est la mémoire des vivants. » Ces quelques mots de Malraux résument tout. Mais encore faut-il qu’ils continuent à résonner haut et fort dans la mémoire des vivants…
Ce matin du 27 avril, personne ne manquait à la stèle des Martyrs de la Résistance et de la Déportation à Narbonne. Toutes les autorités civiles et militaires étaient représentées pour écouter un texte à plusieurs voix, rédigé après de longues heures de réflexion par les élèves de CM2 du collège Sévigné. Ces enfants ont su saisir bien des messages, comprendre bien des choses, dans un contexte où l’actualité ravive les démons du passé.
Les discours habituels ont suivi, rappelant le courage, la solidarité, la résistance, la tolérance et le respect, dans cette prière laïque : « Que la jeune génération poursuive le combat pour construire un monde de paix, de justice et de tolérance. » Le temps était clément et, avec ces derniers mots, le soleil est apparu.
Christiane DE LA TEYSSONNIÈRE
Paris
Ravivage de la Flamme sous l’Arc de Triomphe
Voilà la deuxième année consécutive que l’Amicale de Dachau ravive la Flamme sous l’Arc de Triomphe, non plus le 29 avril — date anniversaire de la libération du camp de Dachau — mais le dernier dimanche d’avril, qui correspond à la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation. Ce changement, désormais inscrit dans une « nouvelle tradition », ne doit pas être perçu comme une rupture, mais plutôt comme une adaptation permettant à l’Amicale française d’être présente à Dachau lors des commémorations de la libération du camp.
Cette année encore, la cérémonie s’est déroulée en présence de madame Patricia Mirallès, secrétaire d’État chargée de la mémoire et des anciens combattants, ainsi que de nombreux officiels et représentants d’associations mémorielles. Plus d’une dizaine de gerbes ont été déposées en hommage aux victimes et aux héros de la déportation. L’Amicale de Dachau était représentée par sa vice-présidente, Joëlle Delpech-Boursier, accompagnée de quelques adhérents.
Ce moment solennel, empreint d’émotion et de recueillement, rappelle l’importance de transmettre la mémoire et de perpétuer l’hommage à celles et ceux qui ont souffert et combattu pour la liberté. Par cette présence fidèle, l’Amicale de Dachau réaffirme son engagement à faire vivre le souvenir et à sensibiliser les générations futures à l’histoire et aux valeurs de la Résistance.
Du 11 mars au 30 avril 2025, les passants ont pu découvrir sur les grilles de l’Hôtel de Ville de Paris (rue de Rivoli) l’exposition « Mémoires de déportations : témoignages d’hier, regards d’aujourd’hui ». Fruit d’une collaboration entre l’Union des associations de mémoire des camps nazis (UAMCN), la Ville de Paris et plusieurs associations partenaires, dont l’Union des Déportés d’Auschwitz et l’Amicale de Bergen-Belsen, cette exposition proposait un parcours poignant à travers vingt panneaux. Chacun des dix camps était représenté par deux panneaux : l’un exposant des dessins réalisés par des déportés durant leur internement ou peu après leur libération, l’autre montrant des photographies contemporaines des mémoriaux érigés sur ces sites historiques.
L’inauguration s’est faite en présence de personnalités telles que Laurence Patrice, adjointe à la maire chargée de la mémoire, Aurélie Filipetti, directrice des Affaires culturelles, ainsi que des représentants d’associations et de la mairie. Ce moment a permis de rappeler à la fois la singularité de chaque camp et la brutalité systémique imposée par les SS à des hommes et des femmes venus de toute l’Europe. Dix dessins, autant de regards sur l’expérience concentrationnaire, et dix photographies, qui invitent à réfléchir à notre rapport à ces lieux de mémoire, quatre-vingts ans plus tard. Les panneaux de l’exposition sont consultables en ligne sur le site de la Ville de Paris (https://www.paris.fr/evenements/memoires-de-deportations-temoignages-d-hier-regards-d-aujourd-hui-81519).
Le complexe de camps de concentration extérieurs de Mühldorf am Inn était un groupe de camps parmi les 169 camps extérieurs du camp de concentration de Dachau. Il a été construit à l’été 1944 et dirigé par la SS.
Avec le complexe de camps de concentration extérieurs de Kaufering et le complexe de camps de concentration extérieurs de Munich-Allach (BMW), le complexe de camps de concentration extérieurs de Mühldorf faisait partie des trois plus grands camps de concentration extérieurs du camp principal de Dachau.
Les détenus de ces camps étaient contraints de travailler dans les environs de Mühldorf. Une grande partie d’entre eux étaient alors employés à l’extérieur des camps, principalement dans l’agriculture et le bâtiment.
Sur le chantier du projet portant le nom de code « Weingut I », où devait être construit un bunker d’armement pour la production de composants du chasseur à réaction Me 262 de Messerschmitt, les détenus du camp de concentration représentaient la moitié des travailleurs forcés.
Outre les camps de concentration, il existait dans les environs de Mühldorf plusieurs camps de travail de l’Organisation Todt ainsi que des camps de travailleurs étrangers. Ceux-ci ne dépendaient certes pas du camp de concentration de Dachau, mais étaient généralement affectés à des projets de construction similaires.
Le nombre de détenus ayant réellement transité par les camps du complexe de camps extérieurs de Mühldorf ne peut plus être prouvé avec certitude.
La brochure publiée en 2018 par la Fondation des mémoriaux bavarois sur le mémorial du Mühldorfer Hart indique que sur les 7221 détenus du camp de concentration – comme indiqué dans les documents historiques incomplets – le plus souvent de confession juive, qui ont travaillé dans le camp de juillet 1944 à avril 1945, les Français avec 437 détenus représentaient le quatrième groupe national le plus important, après les 4568 Hongrois, qui représentaient plus de 60 % du nombre total de détenus, les 691 Polonais et les 455 Lituaniens.
Le nombre de morts varie selon les sources, mais il est probablement de l’ordre de 4000 personnes, qui sont mortes de maladies, de faim et de la dureté dévastatrice du travail.
Un détenu survivait en moyenne 80 jours.
Parmi les 437 détenus français, au moins 120 sont morts en captivité.
Le destin a voulu que la grande majorité des déportés français soient des résistants des maquis des Vosges, arrêtés par la Gestapo, et d’abord déportés à Dachau comme prisonniers NN, avant d’être détachés fin octobre 1944 auprès de l’Organisation Todt pour travailler à la construction du bunker du Mühldorfer Hart.
Ils ont été logés en partie dans le camp d’internement de Mettenheim (baraques en bois) et en partie dans le camp d’internement (tentes en partie enterrées) dans la forêt du Mühldorfer Hart.
De nombreux monuments d’honneur et commémoratifs, des stèles et des plaques ont été érigés après la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le département des Vosges, dans la Région Grand Est, partout où il y eut des maquis.
Chaque année, des commémorations sont organisées en présence des élus, des représentants de l’État et des membres des familles de victimes, avec un écho médiatique toujours assez important.
La Résistance et la Déportation continuent d’occuper une place importante dans le travail de mémoire en France, ce qui est souvent peu connu du public allemand.
Le dernier survivant français du camp de concentration du Mühldorfer Hart, Roland Thomas (1921-2023), résistant du maquis de Grandrupt-de-Bains, est décédé en juillet 2023 dans sa 102e année. Toute sa vie, en tant que témoin, il a raconté aux élèves du département des Vosges ce qu’il avait vécu dans le camp de concentration de Mühldorf.
Jusqu’à ce que le délégué du Souvenir Français pour la Bavière parle de ce survivant français, encore en vie en avril 2022, dans le discours qu’il prononça lors de la commémoration du 78e anniversaire de la libération du camp de concentration du Mühldorfer Hart, les acteurs du travail de mémoire dans le Landkreis de Mühldorf ne savaient rien de l’existence de monsieur Thomas.
Inversement, monsieur Thomas et de nombreux autres survivants ne savaient rien du mémorial du camp de concentration de Mühldorf Hart ni de l’exposition permanente sur ce camp dans le Musée de Mühldorf. Certes un groupe de survivants du département des Vosges s’est rendu en 1980 à Mühldorf après être passé par Dachau et a eu du mal à trouver des traces du camp, dont les ruines disparaissaient à l’époque sous la végétation sauvage. Mais ni les derniers survivants ni leurs descendants ne connaissaient l’importance du travail de mémoire effectué ces dernières années dans le Landkreis.
Dans le département des Vosges, le nom de Mühldorf est malheureusement exclusivement associé à l’ancien camp de concentration du Mühldorfer Hart et à ses atrocités.
Afin de favoriser une connaissance mutuelle entre les descendants des victimes vosgiennes et les acteurs du travail de mémoire à Mühldorf, Munich et Dachau, Pierre Wolff, délégué du Souvenir Français pour la Bavière à Munich, a initié, avec le soutien de l’Amicale du camp de concentration de Dachau à Paris, un programme d’échanges mémoriels à l’occasion du 80e anniversaire de la libération du camp de concentration du Mühldorf Hart.
Après le décès du dernier survivant français, les descendants des victimes du camp de concentration (enfants – eux-mêmes par nature souvent très âgés – petits-enfants, arrière-petits-enfants, nièces et neveux, petites-nièces et petits-neveux) sont porteurs des témoignages de leurs ancêtres, parmi lesquels beaucoup s’engagent dans le travail de mémoire.
Les rencontres, visites et échanges mémoriels franco-bavarois qui ont eu lieu du 30 avril au 2 mai 2025 ont été rendus possibles grâce aux mesures suivantes :
Participation à la cérémonie commémorative au mémorial du camp de concentration de Mühldorfer Hart ave une prise de parole de Laurence Steinmetz, petite-fille du dernier survivant français, aux côtés de la petite-fille de Max Mannheimer, victime juive allemande de Dachau et de Mühldorf, figure emblématique des victimes de Dachau et du travail de mémoire en Bavière
Visite des principaux lieux du mémorial du camp de concentration du Mühldorfer Hart (camp enterré dans la forêt / fosse commune / ruine d’une arche de bunker) ainsi que de l’exposition « Alltag, Rüstung, Vernichtung – Der Landkreis Mühldorf im Nationalsozialismus » (Quotidien, Armement, Anéantissement – Le Landkreis de Mühldorf sous le régime national-socialiste) au Centre d’histoire du Musée de Mühldorf am Inn
Plantation d’un arbre en signe de paix et de fraternité et installation d’un panneau bilingue informatif et mémoriel sur les victimes lorraines dans le cimetière des camp de concentration extérieurs de Mühldorf, où reposent 480 victimes
Rencontre avec des acteurs institutionnels et privés du travail de mémoire à Mühldorf, Munich et Dachau et participation au premier forum des descendants organisé par le mémorial du camp de concentration à Dachau et le Comité International de Dachau
Échanges avec les enseignants et les élèves des classes de français du Lycée Ruperti de Mühldorf, déjà partenaires du projet pilote « Se souvenir en français – Sur les traces des maquisards vosgiens » initié par Le Souvenir Français en 2023, et qui ont participé activement aux différentes étapes duk séjour de la délégation française le 1er mai à Mühldorf
Pierre WOLFF Délégué général adjoint du Souvenir Français d’Allemagne pour la Bavière
Le séjour a été organisé par la délégation du Souvenir Français d’Allemagne pour la Bavière et la société Montgelas pour la promotion de la coopération franco-bavaroise (Munich), avec le concours de l’Amicale de Dachau et le soutien financier du Fonds citoyen franco-allemand.