Compte rendu de la conférence « Convoi 7909, les prémices d’un drame »

Mémorial de l’internement et de la déportation – Camp de Compiègne-Royallieu, 1er juillet 2024

Intervenants :

  • Aurélien GNAT, directeur du Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne
  • Julia MAITRE, assistante de conservation, chargée des collections, au Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne
  • Thomas FONTAINE, docteur en histoire et directeur des projets au musée de la Résistance nationale (MRN)
  • Bertrand HAMELIN, docteur en histoire et professeur agrégé

Interventions d’Aurélien GNAT et Julia MAITRE

L’exposé d’Aurélien Gnat visait à mettre en lumière les archives détenues par le Mémorial de Compiègne, en particulier celles liées au convoi du 2 juillet 1944. Au cours de sa présentation, il a détaillé le processus d’acquisition et d’intégration de ces documents au sein du Mémorial.

Avant toute chose, il faut distinguer deux catégories d’archives :

  1. Les archives du camp de Royallieu. Ces documents, d’origine allemande, ont été produits pendant la Seconde Guerre mondiale, couvrant les trois années d’activité du camp. Ils constituent un témoignage direct de l’administration du camp par l’armée allemande.
  2. Les collections du Mémorial. Acquises après la guerre, ces collections se composent d’objets, de correspondances et de témoignages. Souvent issues d’archives familiales, elles offrent un aperçu intime de l’expérience des déportés ayant transité par le camp de Royallieu.

Les archives du camp de Royallieu

Le camp de Royallieu est un cas particulier dans l’histoire de l’Occupation en France. Contrairement à d’autres camps d’internement, il était directement administré par l’armée allemande. Par conséquent, les archives militaires du camp sont des documents allemands.

Lors de l’ouverture du Mémorial en 2008, ces archives essentielles faisaient défaut, la grande majorité ayant disparu à la Libération. Seuls quelques fragments ont pu être récupérés dans divers centres d’archives, notamment au Service historique de la Défense.

Les documents relatifs au fonctionnement du camp sont dispersés dans de nombreux centres en France et à l’étranger :

  • Archives nationales et départementales françaises ;
  • Archives allemandes ;
  • Archives de la Croix-Rouge (enquêtes sur différents secteurs du camp) ;
  • Archives américaines (constituées à la Libération ou saisies par les Alliés) ;
  • Archives de la Préfecture de police ;
  • Service historique de la Défense, en particulier la Délégation des victimes des conflits contemporains à Caen.

Ici, il faut encore distinguer deux catégories d’archives :

  1. Les archives indirectes. Ce sont des documents de l’administration française témoignant du fonctionnement du camp lorsque les autorités allemandes sollicitaient un soutien logistique ou administratif, ou lorsque l’administration française menait des enquêtes (rapports de police, etc.).
  2. Les archives directes. Ce sont des documents allemands relatifs à la gestion quotidienne du camp, qui étaient jusqu’à présent manquants.

Tout récemment, les équipes du Mémorial de Compiègne ont découvert des archives directes allemandes, et notamment la liste des départs du convoi du 2 juillet 1944. Cette découverte constitue une avancée majeure pour la compréhension historique du camp de Royallieu et, plus spécifiquement dans le contexte qui nous intéresse ici, pour la compréhension historique du « Train de la Mort ».

Mais comment cette découverte a-t-elle été possible ?

Un rapport du ministère des Prisonniers de guerre, déportés et réfugiés, datant de la fin 1944, révèle l’existence d’archives allemandes du camp de Royallieu à Compiègne après la Libération. Ces documents, utilisés par la délégation locale de la Croix-Rouge pour répondre aux demandes des familles, comprenaient des listes de déportés, des cahiers matriculaires par bâtiment, et divers registres du camp. Le ministère souhaitait récupérer ces archives pour établir ses propres listes, mais se heurta au refus du comte de Grammont, dirigeant de la Croix-Rouge de Compiègne. Le rapport détaille l’inventaire des documents, mentionnant notamment des listes de départs du 21 mai et du 2 juillet 1944. Cette découverte est significative car elle prouve que les archives allemandes du camp, longtemps considérées comme perdues, existaient encore à la Libération. Le ministère s’engagea à restituer les documents à la Croix-Rouge après les avoir consultés.

À la Libération, le ministère a donc entrepris de reconstituer les listes des internés et déportés du camp de Royallieu. Une équipe administrative a utilisé les documents récupérés auprès de la Croix-Rouge de Compiègne pour créer des registres avec les numéros de matricule, du premier au dernier. Ces registres, conservés au Service historique de la Défense, sont des sources secondaires, puisque reconstitués. Par ailleurs, ils sont incomplets. L’ensemble comprend 7 cahiers, presque complets pour 1943-1944, mais lacunaires pour les premières années du camp. Cette disparité s’explique probablement par la disponibilité des documents récents sur place à la Libération, les plus anciens ayant été transférés à l’administration centrale.

Registres reconstitués (SHD Service Historique de la Défense, DAVCC Caen) © Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne

En 2019, Aurélien Gnat et son équipe sont arrivés à la direction du Mémorial. Ils ont alors décidé d’entreprendre une quête audacieuse pour retrouver les archives perdues du camp de Royallieu. Malgré les réticences initiales de la délégation locale de la Croix-Rouge, qui affirmait ne posséder aucun document antérieur à 1960, Aurélien Gnat et son équipe ont persévéré. Leur ténacité a finalement porté ses fruits en 2023, lorsqu’ils ont obtenu l’accès au grenier du bâtiment historique de la Croix-Rouge de Compiègne.

Dans ce lieu oublié, parmi des cartons poussiéreux abandonnés depuis huit décennies, ils ont fait une découverte extraordinaire : des archives allemandes originales du camp de Royallieu. Cette trouvaille inestimable, préservée par le hasard et le temps, a enfin permis de lever le voile sur une partie de l’histoire longtemps restée dans l’ombre.

Grenier de la Croix-Rouge française, site de Beauvais © Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne

Parmi ces archives figuraient deux listes mentionnées dans l’inventaire de 1944 : celle du 21 mai et une liste allemande originale du 2 juillet. Ces documents, probablement rédigés sur place lors de la préparation des convois, sont désormais intégrés aux collections du Mémorial, marquant l’entrée des premières archives allemandes dans ce fonds. On y a également découvert un registre d’infirmerie du secteur B, répertoriant les internés malades durant les derniers jours du camp, ainsi qu’un cahier listant les 2182 personnes non déportées lors de l’ultime convoi. Cette liste détaillée, annotée en temps réel, est organisée selon les origines et statuts administratifs des internés.

Une demande de donation a été adressée à la Croix-Rouge concernant ces documents historiques d’une valeur inestimable. Ces archives allemandes ont finalement rejoint les collections du Mémorial, venant enrichir le fonds documentaire existant relatif au convoi du 2 juillet 1944.

Liste originale du convoi n°7909 du 2 juillet 1944 (Collections du Mémorial – Don de la Croix-Rouge française de Beauvais) © Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne

Les collections du Mémorial

Après la présentation des archives par Aurélien Gnat, Julia Maitre nous a parlé plus en détail des collections du Mémorial de Compiègne.

Le Mémorial abrite également une riche collection d’objets, constituée dès avant son ouverture en 2008. Initialement, la municipalité avait mené des enquêtes auprès des familles pour rassembler cette documentation. Depuis, de nombreux descendants d’internés du camp de Royallieu, qu’ils soient membres d’associations ou agissant individuellement, ont choisi de confier au Mémorial des objets et documents personnels (lettres, etc.), enrichissant ainsi continuellement ses collections.

La Croix-Rouge a fait don d’un lot de 800 lettres, actuellement en cours d’analyse. Cette correspondance comprend des demandes de familles sans nouvelles de leurs proches déportés (principalement sur les convois de 1944) et les réponses de la Croix-Rouge. Un grand nombre concerne les déportés du 2 juillet. Ces lettres révèlent l’angoisse des familles face au silence prolongé et les efforts de la Croix-Rouge pour obtenir des informations. Les annotations sur ces documents montrent les limites des recherches, souvent basées sur peu d’éléments, comme un nom ou un numéro de matricule. On y trouve également des requêtes, introduites après le retour de déportation, pour récupérer des biens ou des colis envoyés aux camps, ainsi que des remerciements d’anciens déportés. Cette collection offre un aperçu précieux des défis rencontrés dans la recherche des disparus et du rôle crucial de la Croix-Rouge dans ce processus.

Il y a environ un mois, le Mémorial a reçu un don exceptionnel de la famille Belot. Leurs ancêtres, garde-barrières près de Soissons, récupéraient les messages jetés des convois de déportation passant devant eux. Pendant 80 ans, ils ont conservé ces précieux témoignages. Après chaque passage de train, madame Belot contactait les familles pour leur transmettre les mots de leurs proches et les informer du convoi dans lequel ils se trouvaient. Lors du convoi du 2 juillet, elle récupéra même un paquet tombé du train, attendant le départ des Allemands pour le sauver. La famille a gardé non seulement les messages originaux, mais aussi les réponses et remerciements des destinataires. Ce don rare inclut une trentaine de correspondances, dont une dizaine concernant le convoi du 2 juillet. Contrairement à la pratique courante de l’anonymat pour ce type d’actes, les Belot ont courageusement signé leurs lettres, y incluant leur adresse afin que les familles puissent leur répondre.

Les récents dons reçus marquent un tournant : ils concernent le convoi dans son ensemble, une première pour le Mémorial. Auparavant, les collections se concentraient sur l’histoire individuelle des déportés. Cette nouvelle approche permet d’approfondir l’histoire collective d’un convoi spécifique. Jusqu’ici, les archives personnelles dominaient. Ces collections comprenaient correspondances du camp, documents d’archives et photographies, témoignant de mémoires individuelles.

Les réserves du Mémorial abrite aujourd’hui une collection de 6000 à 6500 documents et objets. Cette vaste collection, soigneusement préservée, nourrit une ambition de longue haleine : enrichir un jour le parcours mémoriel permanent. Pour l’heure, les documents et objets demeurent dans l’ombre, ne se dévoilant qu’à des occasions particulières : expositions temporaires, ateliers pédagogiques, etc.

Les réserves du Mémorial © Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne

Intervention de Thomas FONTAINE

Après les interventions d’Aurélien Gnat et Julia Maitre, Thomas Fontaine a pris la parole pour explorer plus en détail le convoi du 2 juillet 1944, qui se distingue par deux caractéristiques majeures :

  • Une tragédie sans précédent. Ce convoi est tristement célèbre pour son bilan humain catastrophique : entre 530 et 560 détenus périssent durant le trajet de quatre jours vers Dachau, un nombre de décès inédit pour un transport au départ de France. Cette tragédie lui vaut le sinistre surnom de « Train de la Mort », marquant un épisode unique dans l’histoire des déportations françaises.
  • Le contexte historique. En effet, malgré le débarquement allié un mois plus tôt, les nazis poursuivent leurs politiques de déportation avec acharnement. Ce transport massif de 2152 déportés s’inscrit dans cette persistance.

Le « Train de la Mort », une tragédie sans précédent

Le 2 juillet 1944 en début de matinée, le convoi de déportation quitte Compiègne en direction de Dachau. Dès la fin de matinée, le train s’arrête près de Saint-Brice suite à un sabotage des voies, fréquent à cette époque. Malgré une réparation rapide, la chaleur accablante provoque déjà des décès dans les wagons, particulièrement dans les quatre wagons métalliques, où l’air ne circule pas.

Un second arrêt survient après Reims, où la locomotive déraille. Les wagons sont ramenés en gare et stationnés en plein soleil, entraînant une véritable hécatombe. Le convoi ne repart qu’à 20 heures, atteignant Novéant, gare frontière du Reich, le 3 juillet au soir.
Face à l’ampleur du drame (les morts se comptent alors par centaines et l’odeur émanant du convoi est épouvantable), la Gestapo de Novéant ordonne aux détenus de sortir les corps des wagons. Les cadavres sont rassemblés dans des wagons dédiés et recouverts de chaux.

Le train reprend sa route le lendemain, passant par Sarrebourg, Strasbourg et Stuttgart, pour finalement atteindre Dachau le 5 juillet vers 15 heures.

Ce transport, surnommé « Train de la Mort », causa plus de 530 décès, principalement dus à la chaleur extrême et aux conditions inhumaines dans les wagons métalliques. Il devint un véritable symbole pour l’ensemble des déportés de la Seconde Guerre mondiale.

En septembre 1943, un convoi tragique avait déjà marqué l’histoire des déportations vers le camp de concentration de Buchenwald. Ce transport, composé en partie de wagons métalliques, s’était soldé par un bilan macabre de 63 décès durant le trajet. Cette hécatombe en fait le deuxième convoi le plus meurtrier en termes de pertes humaines pendant le transport.

Histoire des chiffres de ce convoi

Pour les survivants du convoi du 2 juillet 1944, le chiffre de 984 morts est devenu emblématique. Ce nombre, rapporté par l’association des rescapés du « Train de la Mort » dans une lettre aux tribunaux militaires français le 22 novembre 1948, s’est ancré dans la mémoire collective et les travaux historiques.

L’origine de ce chiffre reste incertaine. En l’absence de liste officielle nazie répertoriant les morts à l’arrivée, il proviendrait d’une estimation faite par des déportés travaillant dans l’administration du camp de Dachau.

Cependant, d’autres sources avancent des chiffres différents. Un ancien gardien de Compiègne mentionne 585 morts, tandis que Friedrich Dietrich, policier allemand ayant escorté le convoi, évoque 450 décès à la gare de Novéant. Néanmoins, ce policier allemand minimise le nombre de déportés au départ de Compiègne (1700 selon ses dires).

Malgré ces divergences, le chiffre de 984 morts a persisté dans la mémoire des déportés et des associations mémorielles jusqu’au début des années 2000. Cette persistance s’explique par le fait que les témoignages divergents n’ont pas été rendus publics, restant confinés aux procédures judiciaires.

Pourtant, dès la fin des années 60, Christian Bernadac s’est penché sur cette histoire et a décidé de l’investiguer en profondeur. En tant que journaliste, il a mené une enquête minutieuse, retrouvant de nombreux témoins et reconstituant le voyage wagon par wagon. Rapidement, il a constaté que le chiffre de 984 morts était erroné.

Bernadac a travaillé en collaboration avec les archives du ministère Frenay, créé après la Libération pour rassembler les documents allemands et reconstituer les parcours des prisonniers, déportés et réfugiés. Grâce à ses contacts, il a pu accéder à ces archives et rencontrer Pierre Garban, un haut fonctionnaire chargé de reconstituer les parcours des déportés dans les années 1960. Garban avait estimé le nombre de morts à environ 450.

En recoupant diverses sources, Bernadac est parvenu au chiffre de 536 morts, qu’il a publié dans son ouvrage sur le « Train de la Mort », paru en 1970 chez France-Empire. Malgré le succès du livre, le chiffre de 984 a persisté, principalement parce que les historiens n’ont pas pris en compte le travail de Bernadac (ce qui, selon T. Fontaine, est regrettable).

Dans les années 90, l’histoire de la déportation des résistants restait largement inexplorée, malgré quelques ouvrages souvent rédigés par d’anciens déportés. Les synthèses sur la France occupée demeuraient lacunaires, s’appuyant sur des exemples limités comme le convoi du 2 juillet, cité pour ses 990 morts mais sans contexte. Ce convoi, présenté comme exceptionnel, contrastait avec la réalité des transports de déportés : généralement courts, pas toujours surpeuplés et comptant rarement plus de dix décès. Des évasions étaient fréquentes, un fait jusqu’alors ignoré pour le convoi du 2 juillet. La liste des départs récemment découverte dans le grenier de la Croix-Rouge pourrait révéler six évasions (l’étude de la liste étant toujours en cours, ce chiffre devra être confirmé).

Le travail pionnier de Bernadac fut rapidement éclipsé jusqu’à la publication en 2004 du livre-mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD), recensant exhaustivement les déportés partis de France. Cette nouvelle ressource a permis d’affiner les chiffres du convoi du 2 juillet. Actuellement, l’analyse de la liste de Compiègne révèle 14 noms à vérifier en comparaison avec celle de la FMD (qui est plutôt une liste des arrivées). Six évasions semblent confirmées, et parmi les 14 cas incertains, T. Fontaine estime que trois sont probablement des décès qui n’avaient pas encore été identifiés.

Le contexte historique du convoi

Le débarquement de Normandie du 6 juin 1944 n’a pas immédiatement mis fin aux déportations nazies en France. La véritable rupture survient le 31 juillet, lorsque la bataille de Normandie est gagnée et que les forces américaines de Patton percent à Avranches, se dirigeant vers la Bretagne et Paris. C’est à ce moment que les nazis commencent l’évacuation, et que la Gestapo à Paris organise ses derniers convois de déportation.

Les convois de juin et juillet suivent une planification établie avant le débarquement, s’inscrivant dans les politiques répressives nazies du printemps 1944. Ces convois partent environ tous les 15 jours, avec un nombre croissant de déportés.

Le convoi du 2 juillet 1944, l’un des plus importants en nombre, s’explique par le contexte post-débarquement. Les nazis, espérant encore gagner la bataille de Normandie, intensifient leurs efforts. Ce convoi, comme celui du 18 juin vers Dachau, comporte une grande proportion de détenus livrés par le gouvernement de Vichy. Ainsi, le convoi du 2 juillet s’inscrit davantage dans la continuité de la politique répressive du printemps 1944 que dans une réaction directe au débarquement du 6 juin.

Le convoi du 2 juillet 1944 reflète la stratégie nazie face à l’avancée alliée. Sa composition, typique de cette période, comprend trois catégories principales : les résistants (majoritaires, ils sont évacués des prisons pour éviter leur libération et leur réarmement par les Alliés), les détenus livrés par Vichy, et les victimes de rafles de représailles (lesquelles ciblaient principalement les hommes de 15 à 55 ans, potentiellement capables de combattre aux côtés des Alliés). Cette composition s’inscrit dans une évacuation méthodique des prisons françaises, suivant la progression des Alliés depuis la Normandie.

L’étude des dates d’arrestation des déportés du convoi du 2 juillet 1944 (dates connues à 86 %) révèle elle aussi une tendance significative : plus de 90 % des déportés ont été arrêtés en 1944 (dont plus de la moitié entre avril et juin, et 21 % après le débarquement de Normandie).

En effet, depuis l’automne 1943, les convois se succèdent à un rythme soutenu, s’intensifiant progressivement pour atteindre une fréquence mensuelle, voire bimensuelle. La majorité des détenus arrivés à Compiègne en 1943 ont donc déjà été déportés depuis un certain temps. Cependant, pour diverses raisons, certains prisonniers demeurent sur place. Le convoi du 2 juillet présente une particularité notable : près de 10 % de ses occupants sont des détenus arrêtés dès 1940, 1942 pour certains d’entre eux. Ces individus ont connu un parcours singulier, ayant été maintenus dans les prisons du régime de Vichy jusqu’en 1944, avant d’être finalement remis aux autorités allemandes.

Cette composition hétérogène du convoi témoigne donc de la complexité des parcours des déportés et de la durée variable de leur détention avant leur transfert vers les camps.

Enfin, la liste des départs retrouvée comprend une première page significative. Celle-ci montre que la Gestapo s’est calquée sur les grandes régions françaises, collaborant avec les préfets et l’administration locale, pour organiser le convoi. Ainsi, les 17 régions de la Gestapo sont représentées dans le convoi, à l’exception de Nancy. Parmi les principales régions d’origine des déportés, on trouve celles de la « zone sud », avec de nombreux déportés arrivant au camp de Compiègne depuis le centre régional de la Gestapo de Vichy (271 détenus), de la région de Lyon, de Limoges, de Toulouse… De nombreux détenus arrivent également d’Angers et d’Orléans, où l’on trouve des centres policiers de Vichy. En revanche, Marseille est très peu représenté, tout comme le Nord (Normandie, Bretagne…).

Cette répartition reflète l’activité des centres policiers de Vichy et l’intensification des arrestations dans certaines régions.

Première page de la liste originale du convoi n°7909 du 2 juillet 1944 © Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne

Zoom sur la composition du convoi

a) Composition du convoi sous l’angle de l’organisation nazie

Traditionnellement, l’analyse des convois de déportation s’est basée sur l’histoire de la Résistance. Cependant, la liste des départs nous offre un aperçu inédit de l’organisation nazie.

On constate que la liste est divisée en chapitres, chacun suivant l’immatriculation du camp de Compiègne. Elle comporte des erreurs fréquentes, notamment dans la numérotation, reflétant les inexactitudes courantes dans les documents nazis.

La liste, qui reflète la complexité de l’organisation nazie et les différentes catégories de personnes visées par la déportation, se divise comme suit (voir également photo ci-dessous) :

  • Listes Ia et Ib : Majoritairement des Français dont les dossiers de police étaient clos, déjà présents à Compiègne.
  • Listes IIa et IIb : Résultat d’une opération, décidée par les nazis dès la fin de l’année 1943, visant à récupérer les détenus, notamment communistes, des prisons françaises, en collaboration avec le régime de Vichy. Cette liste comprend plus de 300 détenus.
  • Liste III : Courte liste de détenus allemands, autrichiens et ressortissants des puissances alliées au Reich, rappelant l’existence d’opposants au nazisme parmi ces nationalités.
  • Liste IV : Ressortissants d’États neutres ou alliés du Reich, soumis à des accords diplomatiques.
  • Liste V : Détenus dont les dossiers n’étaient pas clos, mais déportés malgré tout en raison de l’urgence de la situation en juillet 1944.
© Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne

À noter que la liste des départs comporte des noms rayés (voir photo ci-dessous), reflétant la complexité des interactions entre les services parisiens de la Gestapo et le camp de Compiègne. Ces rayures résultent d’interventions de dernière minute, qui peuvent être diplomatiques (certains consulats de pays alliés au Reich demandent l’exemption de leurs ressortissants), utilitaires (des détenus jugés temporairement utiles au camp voient leur déportation reportée) ou administratives (des accords temporaires peuvent retarder certaines déportations).

Il est important de noter que ces interventions ne sauvent généralement pas les détenus de la déportation, mais la retardent simplement. La plupart de ces personnes seront déportées ultérieurement, une fois les accords caducs ou leur utilité au camp terminée. À la libération du camp de Compiègne par les Alliés, seuls quelques centaines de détenus sont libérés sur place.

© Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne

b) Composition du convoi selon le profil socio-politique des déportés

Le convoi du 2 juillet 1944 transportait une diversité de déportés, dont le profil socio-politique a pu être reconstitué pour la grande majorité d’entre eux (seuls 18 % de motifs d’arrestation sont encore inconnus à ce jour). Cette analyse révèle la complexité des arrestations et des motivations derrière ces déportations.

  • Des maquisards, c’est-à-dire des résistants arrêtés au combat. Il s’agit d’un cas spécifique à cette période (il n’y en avait pas dans les convois de 1943). Dans le convoi du 2 juillet, ce sont essentiellement des maquisards arrêtés après le débarquement de Normandie.

Parmi les détenus livrés par Vichy se trouvaient :

  • Des résistants, principalement des communistes. En effet, la majeure partie des détenus communistes étaient laissés dans le circuit français. Les Francs-tireurs et partisans (FTP) faisaient exception à cette règle : parce qu’il s’agissait de groupes armés, les Allemands en récupéraient beaucoup, souvent fusillés au Mont-Valérien.
  • Des cadres importants de mouvements résistants, communistes et autres, certains arrêtés dès 1940 et gardés emprisonnés par Vichy.
  • Une cinquantaine de détenus de la centrale d’Eysses, considérés comme des meneurs potentiels. La majorité des détenus de la centrale d’Eysses ont été déportés dans le convoi précédent, celui du 18 juin 1944. Une partie d’entre eux, considérés comme des meneurs, ont subi des interrogatoires supplémentaires, retardant leur déportation. Par ailleurs, les nazis souhaitaient les séparer des autres Eyssois, évitant ainsi le risque d’une révolte organisée.
  • Une vingtaine de « droits communs », principalement arrêtés pour vols et cambriolages.

La majorité des déportés du 2 juillet sont des détenus arrêtés directement par les Allemands. Parmi eux se trouvaient :

  • Des résistants membres de mouvements ou de réseaux (plus petits) organisés : FTP, grands cadres de mouvements de résistance, et plus de 150 membres de réseaux.
  • Des soutiens à la Résistance et actes individuels, c’est-à-dire des personnes qui ne font pas partie de groupes résistants organisés.
  • Un groupe important de victimes de rafles de représailles.

Bilan : Environ 70 % des déportés de ce convoi étaient des résistants, communistes ou gaullistes, en comptabilisant ceux livrés par Vichy (dont 95 % étaient des résistants) et ceux arrêtés par les Allemands. Le reste était principalement composé de victimes de rafles de représailles.

Les survivants du « Train de la Mort » arrivent à Dachau le 5 juillet 1944. Beaucoup mourront encore dans les camps. Au total, c’est 38 % des déportés immatriculés à Dachau le 5 juillet qui ne reviendront pas.

À cette époque, les déportés passaient peu de temps au camp central, étant rapidement affectés à des kommandos de travail. Les déportés du 2 juillet furent répartis dans ces kommandos comme suit :

  • Allach : Environ 10 % du convoi (plus de 200 déportés).
  • Kommandos de Natzweiler : Une part importante, notamment à Neckareltz et Neckargerach, des camps particulièrement meurtriers.
  • Hersbruck (dépendant de Flossenburg) : Un groupe conséquent. Ce kommando, dédié à l’enfouissement de l’industrie de guerre allemande, était extrêmement brutal. 86 % des déportés du 2 juillet qui y furent transférés y perdirent la vie.

Intervention de Bertrand HAMELIN

Enfin, pour clore la conférence, Bertrand Hamelin s’est penché sur le livre Le Train de la Mort de Christian Bernadac afin d’en analyser la méthodologie historique et d’en déterminer la légitimité.

Cet ouvrage connaît un succès remarquable à l’époque de sa parution. Malgré les années, il reste prisé dans les librairies d’occasion. Cette longévité témoigne de son impact sur la connaissance de la Seconde Guerre mondiale et de sa résonance auprès du public.

Pourtant, le milieu universitaire a largement ignoré, voire condamné, l’œuvre de Bernadac. Dès sa publication, des critiques l’ont qualifiée de « sous-littérature au sensationnalisme douteux », sans pour autant l’avoir lue attentivement.

Ce décalage entre popularité et rejet académique soulève plusieurs interrogations : Quelle est la valeur réelle de l’œuvre de Bernadac ? Comment un journaliste a-t-il pu mener une enquête aussi marquante sur le « Train de la Mort » ? Quels sont les mécanismes de transmission de l’histoire, entre travaux universitaires et ouvrages grand public ?

En 1970, lors de la publication de son livre Le Train de la Mort, Christian Bernadac jouit d’une notoriété considérable et de soutiens influents dans divers milieux. Parmi ses appuis, on compte Edmond Michelet, François Mauriac, Yvon Chotard (président des éditions France-Empire) et Georges Fully.

Ce nouvel ouvrage s’inscrit dans la lignée de ses précédents succès, qui se sont vendus à plus de 100 000 exemplaires dès leur première édition. À cette époque, Bernadac est au sommet de sa carrière : peu contesté, entretenant de bonnes relations avec la plupart des associations de déportés, bénéficiant d’une forte présence médiatique et d’une légitimité professionnelle solide.

Cependant, certains aspects de ses livres soulèvent aujourd’hui des questions. La présentation visuelle, typique de l’époque mais potentiellement choquante de nos jours, inclut l’utilisation de symboles nazis sur les couvertures. De plus, Bernadac adopte un style d’enquête personnifié, se mettant en scène le long du parcours du « Train de la Mort ».

Une controverse entoure notamment une photographie présentée comme l’unique cliché du « Train de la Mort » à son arrivée, supposément confiée par un déporté décédé peu après la parution du livre. L’authenticité de cette image reste à prouver.

Malgré ces critiques, Bernadac revendique une démarche purement mémorielle, se considérant au service de la transmission de l’expérience des déportés.

L’enquête de Bernadac repose sur un travail considérable, s’appuyant sur des archives variées et des initiatives multiples pour obtenir des matériaux inédits. Sa démarche se distingue par plusieurs aspects :

  • Exploitation de travaux peu connus. Bernadac s’appuie sur des recherches locales à diffusion limitée, prolongeant ainsi des travaux souvent négligés.
  • Accès à des archives confidentielles. Grâce à des soutiens influents, il obtient l’accès à des documents habituellement inaccessibles aux chercheurs. Sa liste de remerciements témoigne du caractère exceptionnel de ces autorisations.
  • Collecte massive de témoignages. Contrairement à l’approche historique de l’époque, qui minimisait la valeur des témoignages de déportés, Bernadac cherche l’exhaustivité. Il contacte personnellement un maximum de témoins, aussi bien déportés que spectateurs, visant à reconstituer les événements heure par heure.
  • Collaboration avec les associations. L’Amicale de Dachau l’aide dans sa démarche en lui fournissant des contacts initiaux.
  • Structure narrative cohérente. Son plan, pour une fois, suit une structure chronologique précise, du camp de Compiègne-Royallieu jusqu’à l’arrivée à Dachau, en passant par le drame du 2 juillet.

Cette approche novatrice, combinant archives confidentielles et témoignages exhaustifs, rend l’ouvrage de Bernadac unique et difficilement reproductible aujourd’hui. Il a ainsi joué un rôle précurseur dans la collecte et la valorisation des témoignages de déportés.

L’œuvre de Bernadac transcende le simple récit pour produire un savoir historique précieux. Sa liste mémoriale, novatrice pour l’époque, fournit une base solide pour de futures recherches. L’inventaire des convois de Compiègne en fin d’ouvrage contribue également à une compréhension plus globale de la déportation.

La diffusion internationale du livre, traduit en plusieurs langues, a eu un impact considérable, malgré certaines représentations marketing erronées qui ont influencé la mémoire collective. Les reportages locaux ont amplifié sa portée, faisant de cet ouvrage une introduction essentielle au monde de la déportation pour de nombreux lecteurs.

Le cas d’André Gonzalez, unique survivant d’un wagon métallique, soulève des questions intéressantes sur la fiabilité des témoignages. Bien que Bernadac l’ait considéré comme une source importante, des résistants toulousains ont remis en question sa crédibilité en raison de son passé. Cela soulève un débat sur la validité d’un témoignage : doit-elle être jugée sur l’expérience vécue ou sur l’identité du témoin ? Cette controverse illustre la complexité de l’historiographie de la déportation et la nécessité d’une approche nuancée dans l’évaluation des sources.

En définitive, cet ouvrage s’impose comme une lecture incontournable pour quiconque s’intéresse à l’histoire de la déportation. Il offre non seulement un éclairage précieux sur les événements, mais aussi une remarquable leçon de méthodologie historique. Aucun autre livre n’a, à ce jour, exploré le sujet du « Train de la Mort » avec autant de profondeur et d’exhaustivité. Cette œuvre s’érige ainsi en référence, offrant une analyse sans précédent de cet épisode tragique de notre histoire.

Alicia GENIN

Congrès national de l’Amicale – Compiègne, du 29 juin au 1er juillet 2024

Cette année, le congrès national de l’Amicale de Dachau revêtait une importance particulière, s’inscrivant dans le cadre du 80e anniversaire du « Train de la Mort ». Tout en conservant les caractéristiques propres à notre rassemblement annuel, il constituait un prélude à notre circuit mémoriel, avec Compiègne pour point de départ.

Le samedi 29 juin avait pour point d’orgue notre Assemblée Générale 2024. Comme à l’accoutumée, cette réunion nous a permis de dresser le bilan de l’année écoulée, mais aussi et surtout d’envisager nos projets futurs.

La première journée de notre congrès fut également l’occasion de partager des moments conviviaux, notamment en soirée, autour d’un dîner organisé dans le cadre somptueux de l’Hôtel de Ville de Compiègne. Pour l’occasion, monsieur Raymond Lovato (président d’honneur de l’ADIRP Oise, du CNRD et de l’association du mémorial du Wagon de la Déportation) nous avait réservé quelques animations surprises : d’abord des slams interprétés par Alexandre Marlot (centre EPIDE de Compiègne), évoquant la déportation ou la tolérance ; puis des extraits de témoignages de déportés de Dachau, lus avec beaucoup de douceur par Sophie Clavreul.

Le dimanche 30 juin, la journée a commencé par une messe dominicale à l’église Saint-Jacques de Compiègne, où un premier hommage aux déportés du convoi 7909 a été rendu. Danielle Périssé, fille de l’ancien déporté Didier Boueilh, y est intervenue.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers le monument aux morts de Compiègne, situé à quelques pas, afin de procéder à une cérémonie officielle. En présence des porte-drapeaux et des autorités municipales, Joël Dupuy de Mery, maire adjoint et délégué à la vie patriotique, ainsi que Dominique Boueilh, président national de l’Amicale, ont pris la parole. Dans son discours, que vous trouverez en intégralité ci-après, notre président a rappelé le contexte de la constitution du convoi 7909, et la raison de notre présence à Compiègne ce jour-là, 80 ans plus tard. La cérémonie s’est conclue par des dépôts de gerbes, suivis de l’interprétation de La Marseillaise et du Chant des Marais.

Après la cérémonie, les participants ont été conviés au Salon d’Honneur de l’Hôtel de Ville pour un verre de l’amitié, avant de se retrouver au restaurant pour un déjeuner collectif.
Dans l’après-midi, nous avons effectué une visite libre du musée de l’Armistice, où se trouve une réplique* du wagon dans lequel fut signé l’armistice de 1918. Un peu plus tôt dans la journée, au cours de son allocution prononcée devant le monument aux morts, Dominique Boueilh avait rappelé : « Le choix de la ville de Compiègne comme gare de triage de la déportation semble résulter, d’après l’ouvrage Le Train de la Mort de Christian Bernadac, d’une action psychologique menée par l’envahisseur nazi en représailles de la présence du wagon historique à Compiègne, où l’armistice de 1918 avait été signé, à la grande honte de Hitler. » C’est d’ailleurs dans ce même wagon, réinstallé pour l’occasion dans la clairière de Rethondes, à l’emplacement exact où il se trouvait le 11 novembre 1918, que Hitler avait exigé, dans un esprit revanchard, que l’armistice du 22 juin 1940 soit signé, soulignant la défaite française.

Enfin, le lundi 1er juillet marquait la transition entre le congrès et le début du circuit mémoriel. Cette journée vous est relatée ici, comme première étape de notre pèlerinage depuis Compiègne jusqu’à Dachau. Quant au compte rendu détaillé de la conférence du 1er juillet, « Convoi 7909, les prémices d’un drame », il vous est proposé ici.

Alicia GENIN

*Le wagon original a été transporté en Allemagne comme trophée après la défaite française, puis détruit en 1945 sur ordre de Hitler, juste avant la chute du IIIe Reich. Le wagon actuellement exposé est issu de la même série que l’original, et a été aménagé à l’identique.

Allocution de Dominique Boueilh30 juin 2024, monument aux morts de Compiègne

Le choix de la ville de Compiègne comme gare de triage de la déportation semble résulter, d’après l’ouvrage Le Train de la Mort de Christian Bernadac, d’une action psychologique menée par l’envahisseur nazi en représailles de la présence du wagon historique à Compiègne, où l’armistice de 1918 avait été signé, à la grande honte de Hitler.

Entre mars 1942 et août 1944, 28 convois quittent Compiègne vers les camps nazis de concentration et d’extermination. Trois convois en 1942, dix en 1943 et quinze en 1944, emportent plus de 45 000 détenus. Le nouveau Mur des Noms du Mémorial de Compiègne comporte désormais 48 233 noms.

Au lendemain du débarquement du 6 juin, les différents services de police et de sécurité du Reich estiment que la masse impressionnante des détenus des prisons françaises ne doit, en aucun cas, grossir les effectifs des forces alliées d’invasion ou de la Résistance, mais au contraire participer dans les camps de concentration à l’effort de guerre allemand. En ce mois de juin 1944, toutes les régions de France sont donc représentées à Compiègne. Des résistants bien sûr, mais aussi plusieurs centaines d’otages, de raflés, de criminels de droit commun.

Le départ des convois s’accélère donc en ce mois de juin, le camp se vide et c’est dans ce contexte qu’est constitué le convoi 7909, le « Train de la Mort ». Alors même que les détenus attendaient et espéraient chaque jour une libération imminente du camp par les forces alliées, encouragés par le bruit lointain des avions et des bombardements, les listes alphabétiques du prochain convoi sont affichées dans le camp par un sous-officier, l’après-midi du 30 juin 1944.

Les passagers du prochain convoi s’identifient et voient ainsi leur dernier espoir de libération s’envoler. Parmi eux, les parents, grands-parents ou oncles de certains d’entre nous, ici présents.

C’est la raison de notre présence aujourd’hui à Compiègne : marcher sur les traces de nos parents qui ont vécu cette tragédie indescriptible, et surtout, rendre hommage aux nombreuses victimes de ce convoi tragique 7909, avec également une pensée pour tous les déportés du département de l’Oise.

Le 2 juillet 1944, ils étaient plus de 2000 entassés par 100 dans les wagons à bestiaux du convoi 7909. Entre Fismes et Reims, le convoi sera bloqué à plusieurs reprises, par une température extérieure de 34 degrés. Les gardiens interdisent l’ouverture des portes des wagons et tout ravitaillement en eau. Les rares tentatives de ravitaillement par les civils, par la Croix-Rouge et personnels de gare sont sévèrement réprimandées. Elles ne suffiront pas à stopper la folie et la violence qui s’installent dans les wagons sous l’effet de la panique et de l’asphyxie. La seule première journée fit 400 victimes. Le 5 juillet, à l’arrivée sur le quai de débarquement de Dachau, plus de 500 cadavres sont alignés.

Mardi prochain 2 juillet, 80 ans après cette tragédie, le groupe constitué par les familles entamera un parcours mémoriel de quatre jours, qui suivra fidèlement le trajet du convoi 7909, et s’arrêtera dans les principaux lieux où la tragédie s’est déroulée : Compiègne, Vic-sur-Aisne, Fismes, Saint-Brice, Reims, Revigny, Novéant, Sarrebourg, Dachau. Nous avons ainsi préparé, avec le soutien très actif des municipalités respectives, 12 points de cérémonie et d’hommage, chacun avec sa particularité.

Tout comme le convoi 7909 est parti alors que le débarquement du 6 juin 1944 laissait espérer une libération proche, le récent 80e anniversaire du débarquement en Normandie, célébré à sa juste valeur, ne doit pas occulter les 80e anniversaires des tragédies qui se poursuivaient sans répit : le massacre de Tulle le 9 juin 1944, le massacre d’Oradour-sur-Glane le lendemain 10 juin, et l’événement qui nous concerne.

Comment justifier le crime du convoi 7909, pourquoi vouloir évacuer et préserver des déportés pour les exploiter ensuite dans les camps de concentration, et puis soudain, ne pas ouvrir les portes des wagons bloqués sous un soleil accablant, ne pas distribuer un peu d’eau dans l’attente de repartir ? Comment interpréter la non-utilisation des neuf wagons résolument vides en queue de train, lesquels auraient donné plus d’espace aux détenus en souffrance ? Comment l’expliquer sinon par cette idéologie nazie démesurée et assassine, instituant un rapport maître à esclave, et conduisant à l’irrespect le plus complet de la vie et de la dignité humaine ?

Le convoi 7909, trop peu connu sinon par ses survivants et par les villes traversées, est bel et bien un crime contre l’humanité.

Rendons hommage ici à tous ces déportés morts dans le convoi 7909, ou qui ne sont pas revenus des camps, rappelons les valeurs de résistance et de liberté qui les ont amenés au sacrifice, rappelons ces valeurs de solidarité et de partage qui ont pu sauver des vies au fond des wagons sans air, tout comme dans les camps plus tard.

N’oublions jamais, et demeurons dignes de leur souvenir, à tout instant et en toutes circonstances de nos vies.

Commémorations du 79e anniversaire de la libération du camp de Dachau

3, 4 et 5 mai 2024

Les commémorations du 79e anniversaire de la libération du camp de Dachau se sont tenues du 3 au 5 mai 2024 et ont permis de réunir, autour des autorités, des membres du CID et de la Fondation des mémoriaux bavarois, un public très nombreux.

Vendredi 3 mai :

Le premier hommage aux victimes a débuté par les cérémonies au cimetière du Leitenberg. Situé sur une colline, il abrite huit fosses communes qui furent creusées à partir du 28 février 1945, lorsqu’il n’y avait plus de charbon pour brûler au crématoire du camp les corps des milliers de prisonniers morts d’épuisement et de maladies contagieuses, notamment du typhus.

Jusqu’à la libération du camp, le 29 avril 1945, 4316 déportés ont été enfouis dans ces fosses. Deux nouvelles fosses communes ont été creusées par la population allemande. 1879 détenus, ainsi que des soldats de la Wehrmacht ayant péri lors des combats à proximité de Dachau, y ont été inhumés jusqu’au 18 mai 1945. Au total, 7609 morts reposent dans ces fosses.

Cimetière de Leitenberg

Le second hommage aux victimes fut rendu au cimetière du Waldfriedhof. Dans ce cimetière ont été enterrés les anciens détenus du camp de Dachau décédés après la libération, notamment de l’épidémie de typhus. En mai 1945, il y eut encore plus de 2200 décès. C’est également là que reposent des déportés juifs qui n’ont pas survécu à la marche de la mort de fin avril 1945 évacuant les déportés du camp de concentration de Flossenbürg à Dachau. Il y a 1700 victimes tombées.

Cimetière de Waldfriedhof

Samedi 4 mai :

La matinée du 4 mai était consacrée à l’Assemblée Générale du CID, qui réunissait ses 30 délégations nationales, dans la salle de conférence de l’Hôtel Plaza Inn de Dachau.

L’après-midi a débuté par un dépôt de gerbe au Monument du Déporté Inconnu. Le 29 mai 1955, à l’occasion du dixième anniversaire de la libération, eut lieu une rencontre internationale de rescapés, qui décidèrent de transformer l’ancien camp en un lieu de mémoire et jurèrent de garder vivant le souvenir des martyrs de la barbarie nazie. Décision fut prise d’élever un monument à la mémoire des disparus.

Monument du Déporté Inconnu

Les membres du CID ont rejoint ensuite la cérémonie « Chemin de la paix », organisée par la Lagergemeinschaft sur l’ancien champ de tir SS de Hebertshausen. Entre 1941 et 1942, plus de 4000 prisonniers de guerre soviétiques ont été brutalement assassinés par les SS sur ce champ de tir.

Hebertshausen

L’après-midi s’est achevée par la cérémonie en mémoire des Marches de la Mort, comprenant de nombreuses interventions et un accompagnement musical très émouvant.

Monument des Marches de la Mort

Dimanche 5 mai :

Le dimanche 5 mai a cédé la place aux commémorations officielles. Après les différentes célébrations de culte du début de matinée, tous les participants se sont retrouvés pour les cérémonies au Krematorium. Après les interventions de M. Florian Hartmann, maire de Dachau, et de M. Abba Naor, vice-président du CID, suivies du dépôt de gerbe, le cortège s’est formé en direction de l’Appelplatz, précédé par les drapeaux des nations et le Livre des Morts, porté par Joëlle Delpech-Boursier, le tout sous la bonne conduite de Serge et Sandra Quentin.

Après les interventions des officiels, dont celle du président du CID Dominique Boueilh (voir ci-après), le traditionnel dépôt des gerbes s’est déroulé avec beaucoup de solennité et sous accompagnement musical. Ce dernier invitant l’assemblée, à la fin de la cérémonie, à entonner avec succès le Chant des marais.

Les participants se sont ensuite retrouvés au Centre d’études Max Mannheimer pour partager le déjeuner de l’amitié.

Cortège vers l’Appelplatz

Discours de Dominique Boueilh, président du CID

Les années 2024 et 2025 sont synonymes pour nous, acteurs de la mémoire, de temps forts. Le 6 juin prochain, nous célébrerons, sur les plages de Normandie, le 80e anniversaire du débarquement des Alliés, lequel ouvrait les portes de la libération de l’Europe du joug de l’envahisseur nazi. Le 29 avril 2025, nous célébrerons le 80e anniversaire de la libération du camp de Dachau par l’armée américaine.

Plus que jamais, nous devons rendre hommage à ces milliers de jeunes soldats venus d’un autre continent pour défendre nos libertés. Ils ont péri par milliers sous le feu de l’ennemi.

La célébration du 70e anniversaire du débarquement des Alliés en Normandie, à laquelle j’ai eu le privilège de participer le 6 juin 2014, rassemblait tous les chefs d’état sans exception. Elle donnait l’image d’un front uni dans le souvenir des victimes de la Seconde Guerre mondiale, et dans la recherche d’un monde de paix, malgré tout sur fond d’occupation russe de la république autonome de Crimée, toute récente depuis le 27 février 2014.

Le 6 juin prochain, à l’occasion du 80e anniversaire du débarquement, ce front uni pourrait apparaître fissuré, tout comme un édifice dont on n’aurait pas assuré le bon entretien, dont les fondations n’auraient pas été creusées avec suffisamment de profondeur et fléchiraient sous les intempéries qui les secouent.

L’équilibre instauré après le conflit 1940-1945, l’avènement de la chute du mur de Berlin en 1989, ont ouvert le monde à un nouvel espace de paix et de liberté, dont il faut constater qu’il demeure fragile. La concurrence des grands blocs géopolitiques, toujours omniprésente, conditionne malgré tout l’évolution des politiques économiques et sociales des peuples, et parfois de leur liberté.

L’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022, l’attaque du Hamas contre l’État d’Israël le 7 octobre 2023, la persistance de conflits dans diverses régions du monde, plus ou moins connus et communiqués, le regain des actes racistes et antisémites dans nos sociétés, la menace de l’obscurantisme, la montée des politiques d’extrême droite à l’approche des élections européennes, sont autant d’indicateurs qui nous appellent à une vigilance extrême.

Le dernier danger, et non des moindres, étant les attaques menées contre la culture de la Mémoire, par certaines coalitions au sein même de notre Europe. Attaques qui voudraient remettre en cause l’utilité de notre action et réduire les moyens mis à notre disposition.

Les derniers survivants de la déportation, comme Abba Naor ou Jean Lafaurie ici présents, et bien d’autres, n’ont de cesse de témoigner auprès des jeunes, au prix d’un effort démesuré lié à leur grand âge, mais guidés par une motivation sans pareil. Rien n’est plus alarmant que d’entendre de leur propre voix cette inquiétude d’un monde à nouveau menaçant et oubliant les leçons du passé.

Évitons que la disparition des derniers survivants ne laisse la place aux seuls influenceurs et manipulateurs d’opinions que nous connaissons. C’est à juste titre que les différents Mémoriaux et Comités Internationaux de camp se penchent sur la nécessaire transformation de notre politique mémorielle. Comment impliquer davantage les descendants, les témoins de témoins. Comment atteindre et sensibiliser davantage le public. Comment s’inscrire davantage dans le champ politique, dès lors que nos valeurs sont menacées.

Les valeurs que j’adresse sont issues des serments des anciens déportés des divers camps. Permettez-moi de rappeler ici les extraits les plus significatifs de certains d’entre eux :

Buchenwald : « Notre cause est juste, la victoire sera nôtre. Notre idéal est la construction d’un monde nouveau dans la paix et la liberté. »

Mauthausen : « La paix et la liberté sont la garantie du bonheur des peuples. L’édification du monde sur de nouvelles bases de justice sociale et nationale est le seul chemin pour la collaboration pacifique des États et des peuples. »

Dachau : « Nous jurons, pour rester fidèles à l’union et à la camaraderie nées dans la souffrance et dans le combat, de nous consacrer au rapprochement des peuples dans la paix, en vue d’assurer leur sécurité, leur indépendance et leur liberté. »

Ravensbrück (le camp des femmes, que j’ai gardé volontairement pour la fin) : « Nous formulons le vœu que nos enfants veuillent considérer l’existence libre des êtres humains comme valeur suprême, que le droit à la vie, le droit à la dignité personnelle et le droit à la liberté ne puissent jamais être violés. Dans la coexistence des peuples, l’égalité sociale et la justice doivent remplacer toutes les aspirations à la domination. »

Tous ces serments, auxquels nous devons rester fidèles, nous appellent à rester mobilisés contre la résurgence des idéologies de haine et d’exclusion. Plus que jamais, notre combat demeure celui de la liberté, de la démocratie et de la paix.

Ravivage de la Flamme sous l’Arc de Triomphe, 79e anniversaire de la libération de Dachau

Comme chaque année, le Ravivage de la Flamme pour la libération du camp de concentration de Dachau a eu lieu sous l’Arc de Triomphe. Cette fois-ci, la cérémonie s’est déroulée le dimanche 28 avril 2024, journée nationale de la Déportation, et non le 29 avril, jour anniversaire de la libération du camp.

Les membres de l’Amicale présents, et qui avaient pour représentants Joëlle Delpech-Boursier (vice-présidente) et Aurore Lebon (membre administratrice), n’étaient pas seuls. En effet, en ce jour de célébration de la Déportation, la secrétaire d’État auprès du ministre des Armées chargée des Anciens combattants et de la Mémoire, madame Patricia Mirallès, avait fait le déplacement avec plusieurs personnalités : des députés, des représentants de différentes associations, ainsi que madame Hidalgo, maire de Paris, et le général Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris.

L’Amicale de Dachau a également pu compter sur la présence et participation active des jeunes. Pierre-Antoine Quentin, arrière-petit-fils de Clément Quentin, a porté dignement le drapeau de notre association ; tandis qu’Aude Desroche, petite-fille de Roger Lebon, et Ivan Boursier, arrière-petit-fils du général André Delpech, ont porté avec émotion la gerbe de l’Amicale sur la tombe du soldat inconnu.

Ce fut une belle cérémonie, pleine d’émotions qu’ont pu exprimer nos plus jeunes. Il est vrai que ces commémorations sont l’occasion de leur parler, de leur expliquer et de leur transmettre l’héritage de nos aînés. Leur présence est primordiale et précieuse !

Joëlle DELPECH-BOURSIER

Pierre-Antoine portant le drapeau
Aude et Ivan déposant la gerbe
Patricia Mirallès entourée d’Aude et Ivan

Journée nationale de la Déportation, 28 avril 2024

PARIS – Ravivage de la Flamme sous l’Arc de Triomphe, 79e anniversaire de la libération de Dachau

Comme chaque année, le Ravivage de la Flamme pour la libération du camp de concentration de Dachau a eu lieu sous l’Arc de Triomphe. Cette fois-ci, la cérémonie s’est déroulée le dimanche 28 avril 2024, journée nationale de la Déportation, et non le 29 avril, jour anniversaire de la libération du camp.

Les membres de l’Amicale présents, et qui avaient pour représentants Joëlle Delpech-Boursier (vice-présidente) et Aurore Lebon (membre administratrice), n’étaient pas seuls. En effet, en ce jour de célébration de la Déportation, la secrétaire d’État auprès du ministre des Armées chargée des Anciens combattants et de la Mémoire, madame Patricia Mirallès, avait fait le déplacement avec plusieurs personnalités : des députés, des représentants de différentes associations, ainsi que madame Hidalgo, maire de Paris, et le général Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris.

L’Amicale de Dachau a également pu compter sur la présence et participation active des jeunes. Pierre-Antoine Quentin, arrière-petit-fils de Clément Quentin, a porté dignement le drapeau de notre association ; tandis qu’Aude Desroche, petite-fille de Roger Lebon, et Ivan Boursier, arrière-petit-fils du général André Delpech, ont porté avec émotion la gerbe de l’Amicale sur la tombe du soldat inconnu.

Ce fut une belle cérémonie, pleine d’émotions qu’ont pu exprimer nos plus jeunes. Il est vrai que ces commémorations sont l’occasion de leur parler, de leur expliquer et de leur transmettre l’héritage de nos aînés. Leur présence est primordiale et précieuse !

Joëlle DELPECH-BOURSIER

Pierre-Antoine portant le drapeau
Aude et Ivan déposant la gerbe
Patricia Mirallès entourée d’Aude et Ivan

COGNAC

La cérémonie de la 79e journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation s’est déroulée dimanche 28 avril, à 10 h, au monument aux morts, avec des témoignages poignants lus par les jeunes du Lycée Beaulieu et du Collège Elisée Mousnier, sur les conseils de madame Michèle Jubeau-Denis, présidente de l’Amicale de Dachau Nouvelle-Aquitaine.

En 1944, les départs de convois se sont intensifiés, faisant de cette année une période particulièrement sombre pour les déportés. Les souffrances, les épidémies, les exécutions et les assassinats ont atteint des niveaux tragiques, tant dans les camps que lors des marches de la mort, pour échapper à l’avancée des armées alliées.

Extrait du témoignage de Clément Quentin, résistant déporté à Dachau, sujet d’expériences terriblement traumatisantes, pendant 161 jours :

« Après mon retour, mon caractère a beaucoup changé, je suis devenu nerveux, irascible pour un rien. J’ai toujours peur. Je suis toujours sur mes gardes, stressé, je sursaute pour un rien. Je ne supporte pas d’avoir la tête sous l’eau, et pour cause. Je ne regarde jamais les films où apparaissent des scènes de violence. Je suis très émotif, et de ce fait très malheureux, en maintes circonstances. »

Souvenons-nous de leur sacrifice et engageons-nous à préserver leur mémoire pour les générations futures.

Message de la Ville de Cognac

Je voudrais remercier les jeunes qui m’ont accompagnée à Cognac le 28 avril lors du 79e anniversaire de la libération des camps de concentration, en lisant des textes dont je retransmets ici quelques extraits :

« Il est une centrale, ayant pour nom Eysses, dans le Lot-et-Garonne… Cette centrale a une histoire, une histoire peu commune, l’histoire d’hommes qui refusèrent de se mettre à genoux et de renier leur dignité… Tant dans leur part dans la Résistance, tant dans leur comportement en prison, tant par leur attitude en déportation, ces hommes conjuguèrent le mot HUMANITÉ et donnèrent existence aux mots : VIE, LIBERTÉ, RESPECT, SOLIDARITÉ, CULTURE, DÉMOCRATIE et RÉPUBLIQUE.
Jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’inouïe cruauté et la volonté d’asservissement du régime nazi, ils surent rester HOMMES. »

Extrait du livre Eysses contre Vichy,
lu par Gabriel MARTIN

« Si je parle de Dachau ou d’Eysses aujourd’hui, certains me disent : tout cela, c’est du passé… Cela ne laisse pas de simples souvenirs, mais des plaies dans nos cœurs et dans nos chairs meurtries. Croyez-vous sincèrement que l’on puisse oublier ses amis lâchement assassinés ? Ces tableaux, croyez-moi, s’inscrivent sur nos rétines, mieux que dessins tracés à l’encre indélébile.
Vous avez beau me dire qu’il y a très longtemps, dans mon cœur, croyez-moi, ce vécu est bien présent. »

Extrait du livre Blazy-Eysses-Dachau
de Jean Lafaurie, lu par Manon FOURNIER

Merci à Philippine FAVREAU pour la lecture de l’extrait (voir message de la Ville de Cognac ci-dessus) du livre Stück 72889, Cobaye humain à Dachau de Clément Quentin.

Je remercie également Abigail BOURLON et Lili CRETAL pour l’énonciation des différents camps et de leurs très lourds bilans : Dachau, Neuengamme, Flossenbürg, Oranienburg-Sachsenhausen, Bergen-Belsen…

Merci à Arthur et Flavie pour la lecture du poème « À Simone » de Francine Christophe.

Merci à Diane et Pauline pour la lecture du poème « Se Taire » de Francine Christophe.

Et merci à nos quatre porte-drapeaux volontaires.

Enfin, merci à tous pour avoir assuré la distribution de la « Bouchée de Pain », en souvenir de leur solidarité exemplaire.

Pour citer un de nos derniers déportés, centenaire, monsieur Jean LAFAURIE : « Ce n’est plus un devoir de mémoire, c’est une Transmission ! »

Michèle JUBEAU-DENIS
Amicale de Nouvelle-Aquitaine

DIJON

Pour la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, une cérémonie a été organisée dimanche 28 avril à 10 heures au Monument des Martyrs, place Debeaumarché à Dijon.

Les autorités civiles – et notamment monsieur Gerstlé, sous-préfet, ainsi que monsieur Rebsamen, maire de Dijon – et militaires de Côte-d’Or étaient présentes.

La lecture du témoignage de Simone Veil sur sa déportation à Auschwitz et l’interprétation de l’Affiche rouge de Léo Ferré par les élèves de la chorale du Collège Jean-Philippe Rameau ont constitué des temps forts de cette cérémonie.

Françoise GINIER-POULET
Délégation Bourgogne

NARBONNE

En ce matin du dimanche 28 avril 2024, une foule particulièrement nombreuse entourait le monument de la Résistance et de la Déportation à Narbonne.

Les représentants administratifs, tous les élus départementaux et régionaux locaux étaient présents ou représentés, accompagnés de jeunes « élus » des collèges et lycées.

Les associations avaient également répondu favorablement à l’invitation. Concernant la déportation, la FNDIRP était représentée par madame Monique Ayora, qui a lu le message rédigé par sa fédération, et l’Amicale du camp de concentration de Dachau par madame Christiane de La Teyssonnière, qui a déposé une gerbe au nom de Dachau.

Les porte-drapeaux se sont alignés solennellement de chaque côté du monument, ainsi que les carrés de jeunes représentant diverses institutions. Tout était en ordre et les hommages pouvaient commencer.

Au bout d’une heure et demie sous une pluie glaçante, l’assemblée s’est séparée après avoir entonné une Marseillaise vibrante d’émotion.

Christiane DE LA TEYSSONNIÈRE
Délégation de l’Aude

80e anniversaire de l’insurrection d’Eysses

Cette année, pour le 80e anniversaire de l’insurrection de la centrale d’Eysses et de l’exécution des douze résistants, les cérémonies ont pris une dimension très particulière et symbolique de l’esprit des survivants de cette douloureuse expérience.

Les participants étaient au nombre de plusieurs centaines, dont les officiels et associations de Mémoire, la délégation de notre Amicale avec la présence de son président Dominique Boueilh et de sa secrétaire générale adjointe Michèle Jubeau-Denis, la présence du docteur Gabriele Hammermann (directrice du Mémorial de Dachau) et de son assistante Laure Teigny, et la population de Villeneuve-sur-Lot.

Nous avons pu assister, dès le samedi après-midi 17 février, à la cérémonie au pôle mémoire de la gare de Penne-d’Agenais. Le site mémorial comprend :

  • Un wagon du souvenir, inauguré en juin 2014, identique à ceux qui emmenèrent les résistants d’Eysses en déportation ;
  • Un mémorial érigé à proximité du wagon, rappelant les noms des 1200 déportés ;
  • Un pôle mémoire, « Les Résistants d’Eysses de Penne à Dachau », inauguré en juin 2018, aménagé dans un local de la gare de Penne en partenariat avec l’Association nationale pour la mémoire des résistants emprisonnés à Eysses.
Gerbe de l’Amicale à la gare de Penne-d’Agenais

C’est de cette gare que, le 30 mai 1944, 1200 patriotes détenus à la centrale d’Eysses en raison de leurs activités dans la Résistance et livrés aux nazis par le gouvernement de Vichy, furent déportés via Compiègne au camp de concentration de Dachau. La cérémonie était suivie d’un dépôt de gerbe au monument du cimetière.

En soirée, nous avons pu assister, au Théâtre Georges-Leygues, à la représentation de la pièce de théâtre « La république d’Eysses, une histoire d’hommes solidaires », présentée par la compagnie Errance, avec la participation exceptionnelle de Jean Lafaurie.

La compagnie Errance interprète la pièce de théâtre « La république d’Eysses, une histoire d’hommes solidaires », avec la participation exceptionnelle de Jean Lafaurie.

Le dimanche 18 février, le rassemblement de 10 h, place de la Révolution à Villeneuve-sur-Lot, ouvrait le dépôt de gerbe devant le monument en hommage aux anciens d’Eysses, suivi à 10 h 30 de la cérémonie d’hommage solennel aux résistants d’Eysses devant le mur des fusillés de la centrale. Après une allocution de Jean Lafaurie et les dépôts de gerbes devant le mur des fusillés, récemment classé monument historique, nous avons pu partager une très belle interprétation du Chant des partisans par une chorale intergénérationnelle et une bouleversante interprétation a cappella du Chant des marais par Timour Mazot, arrière-petit-fils de Jean-Michel Mazot, déporté résistant.

Allocution de Jean Lafaurie devant le mur des fusillés

Devant le mur des fusillés étaient exposés pour la première fois les portraits des douze résistants fusillés le 23 février 1944, peints par l’artiste Clara Gimbert.

La médaille de la Résistance, décernée à titre posthume, fut également remise aux descendants des cinq fusillés d’Eysses qui ne l’avaient pas encore reçue : Henri AUZIAS, Alexandre MARQUI, Gabriel PELOUZE, Jaime SERO BERNAT, Domenec SERVETO-BERTRAN.

Les commémorations étaient suivies à 12 h par une réception très conviviale à l’hôtel de ville de Villeneuve-sur-Lot, puis un repas de clôture à 13 h.

Dominique BOUEILH
Président de l’Amicale nationale de Dachau

Jean Lafaurie entouré de Gabriele Hammermann (à droite) et Dominique Boueilh (à gauche)

L’Union des Associations de Mémoire des Camps Nazis affiche un nouvel élan lors du rassemblement bisannuel des 24 et 25 novembre 2023 à Paris

Le rassemblement bisannuel de nos six associations s’est tenu à Paris les 24 et 25 novembre derniers à Paris, selon une tradition bien ancrée désormais. Cependant, le rassemblement de cette année présentait un caractère particulier, très symbolique. Notre « inter-amicale » se présentait sous sa nouvelle dénomination « Union des Associations de Mémoire des Camps Nazis », faisant suite à son assemblée générale constitutive du 3 février 2023, à sa déclaration en préfecture le 31 mai 2023, et à son officialisation le 3 octobre 2023 en présence de Patricia Mirallès, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées, chargée des Anciens combattants et de la Mémoire.

Vendredi 24 novembre 2023, ravivage de la Flamme sous l’Arc de Triomphe

La date du 24 novembre, à peu de jours de la date anniversaire du dernier convoi de déportés parti de France, nous donnait l’opportunité de procéder au premier ravivage de la Flamme au nom de l’Union. Sous une température froide et à la nuit tombée, en présence d’une forte représentation de nos six amicales et de leurs porte-drapeaux, Daniel Simon, président de l’Union, a déposé une gerbe et procédé au ravivage rituel. Protocole strict et intangible, dans l’émouvante solennité de ce lieu.

©Bernard Obermosser

Samedi 25 novembre 2023, l’UNION face à elle-même

Nous nous sommes rassemblés nombreux à 9 heures au cimetière du Père-Lachaise. Sous la conduite de Sylvain Lebègue, Maître de cérémonie délégué par la mairie du XXe arrondissement, précédés de nos porte-drapeaux, nous avons procédé à un dépôt de gerbes sur les monuments de Mauthausen, Neuengamme, Ravensbrück, Buchenwald, Dachau et Sachsenhausen, en compagnie de M. Hamidou Samaké, conseiller de Paris, délégué du Maire en charge de la Mémoire. La sonnerie aux Morts a retenti six fois au son d’un clairon et d’un tambour de la Préfecture de Paris.

©Bernard Obermosser

À 10 heures, au monument aux Morts de la mairie, une gerbe a été déposée par Lajos Nagy, seul ancien déporté présent (interné enfant à Mauthausen en janvier 1945, avec ses parents ayant fui la Hongrie), le président de l’UAMCN et M. Hamidou Samaké. Après la sonnerie aux Morts, nous avons écouté et entonné le Chant des Marais et La Marseillaise.

Nous avons rejoint vers 10 h 30 la salle des Fêtes où s’est tenue, durant deux heures, la réunion plénière de l’Union. M. Hamidou Samaké et plus tard M. Éric Pliez, maire de l’arrondissement, nous ont délivré des messages très chaleureux.

Le point de départ de l’échange fut la restitution des réponses au questionnaire envoyé en amont aux membres de nos six amicales. Pour mémoire, ce questionnaire abordait 4 thèmes dont la synthèse des réponses fut présentée par Olivier Lalieu, Dominique Boueilh, Mireille Cadiou et Claude Simon. Dans l’attente de la diffusion de l’analyse plus précise des réponses reçues, indiquons ici les tendances majeures :

L’implication dans nos associations – Les réponses apportées permettent d’identifier de grands domaines de motivation : la préservation de la mémoire des déportations, la transmission des valeurs d’un engagement humaniste, la vigilance politique contre la banalisation et le négationnisme, pour préserver la démocratie.

De fortes attentes sont placées dans l’Union, notamment pour mettre sur pied des transversalités concrètes, augmenter notre audience face aux institutions et agir pour la sauvegarde de nos associations.

La place de la Mémoire de la Déportation dans la société française actuelle – Elle est jugée plutôt insuffisante, elle se heurte à de sérieux obstacles, en particulier la surabondance de détresses humanitaires qui occupent les esprits. Deux leviers majeurs d’efficacité sont mis en avant : le rôle de l’Éducation nationale et nos activités sur les sites. L’Union s’inscrit dans cette démarche.

La transmission aux nouvelles générations – L’implication des jeunes et surtout leur fidélisation soulèvent, entre autres, la question des nouveaux outils de communication. Sera-t-il possible de confier l’ensemble de nos pratiques actuelles à de nouveaux acteurs ?

La dimension idéologique des camps – Face aux dangers de résurgence du modèle idéologique qui a produit les camps, les réponses sont nombreuses, prolixes, quasi unanimement alarmistes. Les activités de mémoire des tragédies causées par le nazisme ont été placées sous l’égide du « Plus jamais ça ! ». Cependant, la menace réelle est déclinée par de très nombreuses réponses, au travers des symptômes observés dans le monde actuel.

Réunion de l’UAMCN à la mairie du XXe
©Bernard Obermosser

Après une séance d’échanges entre les participants, Daniel Simon clôtura provisoirement le débat en soulignant la nécessité de clarifier les questions soulevées. Il repéra les axes de travail suivants : la nature précise du message dont nous sommes porteurs ; notre rôle sur les sites concentrationnaires au-delà du strictement commémoratif ; notre rapport à l’histoire et aux historiens ; les opportunités d’échanges au niveau international ; notre relation au milieu scolaire ; une vitalisation de nos archives ; les outils de communication transversaux.

Des ateliers de travail (à distance, en visioconférence) sont à concevoir, pour la période qui s’ouvre. Faut-il être pleinement rassuré de cette rencontre ? Une assistance un peu moins nombreuse qu’il y a deux ans, une certaine frustration de ne pas approfondir les trop nombreuses questions qui se font jour… D’ailleurs, en amont, seul 1/20e de nos adhérents ont rempli le questionnaire.

Une courte assemblée générale extraordinaire de l’Union permit d’adopter le règlement intérieur de l’Union, un texte préparé par le conseil d’administration.

L’après-midi fut consacré à la tenue d’assemblées générales ou conseils d’administration pour les amicales (ou association) de Buchenwald, Sachsenhausen, Mauthausen et Dachau.

Sans nul doute, ces deux journées furent l’opportunité d’affirmer l’existence de l’Union, de débattre de thèmes fondamentaux et fédérateurs pour notre action à venir. Pour reprendre les termes de notre synthèse : être « un vivier de renouveau d’idées ». Dans deux ans, nous devrons être encore plus exigeants avec nous-mêmes.

Dominique BOUEILH
Secrétaire Général de l’UAMCN

Cérémonie d’officialisation de l’Union des Associations de Mémoire des Camps Nazis

Signature avec madame Patricia Mirallès, Daniel Simon (président de l’UAMCN) et les six président(e)s des amicales fondatrices.

Ce mardi 3 octobre 2023, dans la salle capitulaire du Val-de-Grâce (Paris), a eu lieu la cérémonie d’officialisation de l’Union des Associations de Mémoire des Camps Nazis (UAMCN), fondée par les amicales de Dachau, Neuengamme, Mauthausen, Ravensbrück, Sachsenhausen et Buchenwald.

La cérémonie s’est déroulée en présence d’officiels – dont madame Patricia Mirallès, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées, chargée des Anciens combattants et de la Mémoire –, de membres de nos six associations, mais aussi d’étudiants et de collégiens et lycéens d’une chorale de Stains.

La cérémonie s’est articulée autour des discours des six président(e)s des amicales, qui ont présenté les spécificités de leur camp et détaillé les actions menées par leur association depuis 1945. La cérémonie a également été ponctuée par plusieurs interventions notables, dont celle du seul déporté présent ce jour-là, Pierre Schillio, qui avec beaucoup d’émotion nous a narré son parcours à Auschwitz et Dachau. Plusieurs étudiants, engagés dans nos associations, sont intervenus pour témoigner de leur intérêt pour cette tranche de notre Histoire, et de leur foi dans les valeurs que nous défendons. Une jeune comédienne nous a aussi proposé des lectures de textes de Robert Antelme et Charlotte Delbo, interprêtés avec force et maîtrise.

Pierre Schillio aux côtés de Dominique Boueilh
Madame Patricia Mirallès, émue, vient saluer Pierre Schillio.

Après ces interventions, Daniel Simon, président de l’UAMCN, nous a délivré un éloquent discours, dans lequel il a souligné que la mémoire de la déportation a toujours été un combat, et qu’elle le demeure aujourd’hui plus que jamais. Par ailleurs, il a insisté sur l’importance des mots, affirmant que « camp de concentration est un euphémisme nazi qui ne dit rien de la réalité du système » et qu’il manque donc « un terme qui dise la réalité des camps de concentration comme entreprise de déshumanisation méthodique ». Il a rappelé l’importance des sites des anciens camps, véritables sources de connaissance et de réflexion, avec lesquels nos amicales entretiennent des liens étroits. Enfin, il a fait part de son souhait de voir le gouvernement renforcer ses efforts dans la lutte contre la résurgence de l’extrême droite en Europe, et a demandé à ce que l’UAMCN puisse s’impliquer dans la mission interministérielle, constituée à la demande de L’Élysée, pour l’organisation des commémorations 2024-2025.

Cette matinée du 3 octobre, qui fut une réussite en raison de la richesse, de la diversité et de l’intensité des interventions, s’est terminée par la prise de parole de madame Patricia Mirallès – qui a salué la démarche de création de notre Union, jugée essentielle pour que perdure la mémoire de la déportation –, et par l’interprétation en français et en allemand du Chant des Marais par la chorale de Stains.

Daniel Simon et madame Patricia Mirallès

Commémoration du départ du Train de la Mort (79e anniversaire)

Dimanche 2 juillet 2023, les membres de l’Amicale de Dachau se sont retrouvés, comme tous les ans, à la crypte du Mémorial des Martyrs de la Déportation (Paris) afin de rendre hommage à tous les déportés du convoi n°7909, dit « Train de la Mort », parti de Compiègne le 2 juillet 1944 et arrivé à Dachau le 5 juillet avec des centaines de morts à son bord.

Dans un même temps, la ville de Margny-lès Compiègne commémorait l’événement et fleurissait le Mémorial du Wagon de la Déportation, situé en gare de Margny-Compiègne.

Rappelons que 2024 marquera le 80e anniversaire du Train de la Mort et qu’à cette occasion, l’Amicale de Dachau s’associera étroitement avec le Mémorial de Compiègne pour l’organisation de son congrès annuel et d’un circuit mémoriel passant par les lieux de la tragédie.

Conférence sur la tragédie de la baie de Lübeck

22 septembre 2023, Paris

Vendredi 22 septembre 2023, les membres de nos amicales de camps se retrouvaient à l’Institut historique allemand (Paris) pour assister à une table ronde sur la tragédie de la baie de Lübeck. L’Union des associations de mémoire des camps nazis (UAMCN), dont fait partie l’Amicale de Dachau, avait initialement prévu de présenter ce sujet, qui appartient plus spécifiquement à l’histoire du camp de concentration de Neuengamme, lors de la précédente édition des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, ayant pour thème « la mer ». Malheureusement, notre proposition de table ronde avait été refusée par le conseil scientifique des Rendez-vous, et nous avions alors pris la décision de la présenter à une autre occasion.

La tragédie de la baie de Lübeck, qui eut lieu le 3 mai 1945, est profondément ressentie dans l’Amicale de Neuengamme, mais aussi au sein des autres associations de mémoire des camps. Cette tragédie, qui constitue l’une des plus grandes catastrophes navales de tous les temps, relève de l’incompréhensible et les responsabilités s’embrouillent. La tragédie de Lübeck a des parts d’innomé, ce qui lui confère une dimension mémorielle particulière. Ce vendredi 22 septembre, elle revêtait également un caractère emblématique, puisqu’il s’agissait du premier rendez-vous public de notre Union des associations de mémoire des camps nazis depuis sa création officielle.

Après les mots d’accueil de Jürgen Finger (directeur du département Histoire contemporaine de l’Institut historique allemand) et de Daniel Simon (président de l’Union des associations de mémoire des camps nazis), les deux intervenants de cette journée nous ont été présentés. Avant de répondre aux questions de l’assemblée, Christine Eckel – membre de la Fondation des mémoriaux et lieux didactiques de Hambourg, en charge du site du Stadthaus – se chargerait de nous présenter le camp de Neuengamme et les événements du 3 mai dans leur dimension historique ; quant à Lars Hellwinkel – professeur d’histoire, responsable pédagogique du Mémorial du camp de Sandbostel – il aborderait plutôt la dimension mémorielle liée à la tragédie.

Un aperçu de l’histoire du camp de concentration de Neuengamme

À l’automne 1938, l’entreprise SS de terrassement et de carrières Deutsche Erd- und Steinwerke GmbH fait l’acquisition d’une briqueterie désaffectée et de terrains situés près du bourg de Neuengamme, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Hambourg. En décembre 1938, un premier kommando de 100 détenus allemands arrive du camp de Sachsenhausen afin de remettre la briqueterie en état. Les conditions de détention sont alors bien différentes de celles que connaîtront les déportés dans les années à venir.

Après le déclenchement de la guerre, la décision est prise de faire de Neuengamme un grand camp de concentration. La ville de Hambourg programme le réaménagement de la rive de l’Elbe pour y construire les « bâtiments du Führer » en briques. En avril 1940, la ville et l’entreprise SS Deutsche Erd- und Steinwerke signent un contrat. La ville de Hambourg accorde un prêt à l’entreprise SS pour la construction d’une briqueterie plus grande et plus moderne. Elle s’engage également à apporter son aide pour l’installation des infrastructures du camp. En échange, la SS s’engage à fournir gratuitement la main-d’œuvre concentrationnaire ainsi que les équipes de garde nécessaires.

Au printemps 1940, Neuengamme devient un camp de concentration autonome. Ce sont alors les détenus eux-mêmes qui construisent les baraques, miradors, ateliers et autres bâtiments nécessaires à l’agrandissement du camp. Les kommandos de travail les plus importants sont ceux de la construction de la nouvelle briqueterie, le kommando de l’élargissement du bras de l’Elbe, ainsi que le kommando des glaisières (matière destinée à la production de briques).

Dès la fin 1940, le camp compte environ 2 900 détenus, essentiellement des Allemands. À partir de 1941, la majorité des déportés à Neuengamme viennent des territoires occupés par l’Allemagne. Jusqu’à la fin de la guerre, les plus de 100 000 déportés de Neuengamme, parmi lesquels figurent plus de 13 000 femmes, viennent surtout de l’Union soviétique et de Pologne. Les déportés de France représentent le troisième grand groupe, avec environ 11 500 hommes et femmes. À partir de 1941 arrivent également à Neuengamme des prisonniers de guerre soviétiques, puis en 44-45 encore beaucoup de détenus juifs, venant principalement des pays occupés à l’est.

La majorité des déportés de France arrivent en 1944, avec quatre convois venus de Compiègne et un de Belfort. À ce moment, le camp de Neuengamme dispose de nombreux camps satellites, pour la plupart attachés à la production d’armement, à des sites de construction ou des installations industrielles. Souvent, les conditions de détention y sont encore pires que dans le camp central. À partir de 1944, la majorité des détenus sont transférés vers ces camps annexes, le camp principal de Neuengamme devenant pour beaucoup un simple lieu de passage, qu’ils ne connaissent parfois que durant quelques jours. Cela correspond à l’évolution du système concentrationnaire en général.

Le camp de Neuengamme a longtemps été peu présent dans la mémoire collective des camps, tant en Allemagne qu’en France. Ceci s’explique par les circonstances de sa libération : l’entrée des troupes britanniques, début mai 1945, s’est faite dans un camp vide et nettoyé. Il n’y avait plus de détenus, plus de preuves visuelles des crimes commis au quotidien sur le site. Cette situation, contrairement à la libération d’autres camps, n’a pas produit d’images chocs dans la presse. Puis, dès 1948, la ville de Hambourg a construit des prisons sur le site de l’ancien camp de Neuengamme, le rendant presque invisible pour le public.

Chronologie du 3 mai 1945

Les bombardements des bateaux le 3 mai 1945 constituent l’un des points culminants de l’évacuation des camps durant les dernières semaines de la guerre. Le contexte est alors marqué par l’augmentation de la violence et de la brutalisation, y compris de la part de la société civile, qui entrevoit la défaite allemande. Pendant l’évacuation des camps, des centaines de milliers de détenus meurent de faim, d’épuisement, ou sont massacrés. Rien que dans le nord de l’Allemagne, plus de 50 000 personnes ont emprunté les routes et les voies ferrées. Ces derniers jours avant la libération sont restés gravés, dans la mémoire de nombreux survivants, comme les plus terribles de toute leur captivité.

Dès 1944, à l’approche du front, des dizaines de commandants de camps de concentration (voire des milliers si l’on prend en compte les camps satellites) prennent la décision, indépendamment les uns des autres, de faire évacuer leur camp. Les camps sont donc vidés, nettoyés, les uns après les autres. On peut supposer qu’un ordre d’évacuation centralisé a existé, mais il n’en existe pas de preuve écrite. Cela n’a en réalité rien de surprenant, puisqu’à la fin de la guerre, les responsables nazis et SS ont tenté de détruire toutes les preuves les accablant. Bien que l’existence d’un tel ordre constitue une question intéressante, il convient de préciser que les commandants de camps disposaient d’une marge de manœuvre individuelle importante, qui pouvait être influencée par des facteurs situationnels, tels que la destruction des voies de transport. Quoi qu’il en soit, le déroulement des événements montre que les SS s’efforçaient de garder les détenus en leur pouvoir et, en ce qui concerne Neuengamme et ses camps satellites, de les emmener plus au nord quoi qu’il en coûte.

En mars 1945, des milliers de détenus scandinaves sont rassemblés au camp de Neuengamme dans le but d’être transférés vers le Danemark et la Suède. Ce mouvement s’inscrit dans le cadre d’une mission de sauvetage organisée par la Croix-Rouge suédoise, parvenue à passer des accords avec Max Pauly, le commandant du camp de Neuengamme. Au camp principal de Neuengamme, des blocks de détenus doivent êtres vidés pour faire place temporairement aux Scandinaves évacués. Cette mesure s’applique également au « block de repos » : les détenus gravement malades qui y sont entassés sont alors transportés vers les camps extérieurs, ce qui signifie la mort pour bon nombre d’entre eux. Quand certains se voient secourus, d’autres, malheureusement, se voient donc condamnés.

Le 19 avril 1945, à l’approche des forces britanniques, Max Pauly ordonne l’évacuation du camp central. Les dirigeants politiques et militaires de Hambourg voient dans la présence de plusieurs milliers de détenus de camp, à Neuengamme et dans la zone du centre-ville, un obstacle à leur intention de livrer la ville aux Alliés sans combat. N’oublions pas non plus que les entreprises, qui avaient exploité sans merci la main-d’œuvre des travailleurs forcés et des détenus concentrationnaires, voulaient elles aussi se débarrasser rapidement de toutes ces personnes émaciées et épuisées. En effet, elles n’auraient certainement pas donné une bonne image lors de la remise de la ville aux Alliés. Selon le chef supérieur de la SS et de la police, le Gauleiter de Hambourg, Karl Kaufmann, estime aussi que la présence des détenus des camps représente « un danger pour la sécurité de la population ».

Le 20 avril 1945 à Neuengamme se déroulent deux mouvements parallèles : d’une part l’évacuation des détenus scandinaves arrivés en mars, et d’autre part le début du transfert de 10 000 détenus, transportés par 500 dans des wagons à bestiaux jusqu’au port industriel de Lübeck pour y être chargés sur des bateaux. C’est probablement le 26 avril 1945 que le dernier convoi d’évacuation de Neuengamme arrive dans la baie de Lübeck.

Entre-temps, des détenus d’un kommando d’Auschwitz sont également arrivés dans la baie. Au total, on dénombre presque 10 000 détenus qui se retrouvent en même temps au même endroit, et on peut facilement imaginer le chaos. Dans un premier temps, 2 300 détenus sont logés sur le cargo Thielbek, d’autres sur le cargo Athen. Les détenus qui sont encore à terre, sur les quais du port de Lübeck, sont enfermés dans la cave du silo à vins en attendant de monter à bord des bateaux. Les épreuves du transport et la brutalité des gardiens SS dans cette situation chaotique causent déjà de nombreuses morts.

L’hébergement sur les navires préalablement réquisitionnés était le résultat d’une action planifiée. Lors de l’enquête judiciaire menée contre lui en 1946, le chef supérieur de la SS et de la police déclara que l’idée de l’hébergement sur les bateaux lui avait été suggérée par le Gauleiter de Hambourg, Karl Kaufmann. L’aménagement de ces bateaux en camps lui paraissant aisé, sans parler de la surveillance qui en serait facilitée, il avait adopté la proposition et chargé Max Pauly de se mettre immédiatement en rapport avec Kaufmann afin d’examiner, sur place avec ses délégués, la possibilité d’établir un camp de repli sur les navires.

Kaufmann réquisitionne alors les cargos Athen et Thielbek, ainsi que le paquebot Cap Arcona. Depuis la fin des années 20, le Cap Arcona navigue comme paquebot de luxe sur la route de l’Amérique du Sud. Mi-avril 1945, le paquebot, incapable de manœuvrer en raison d’une panne de moteur, est remorqué dans la baie. Les deux cargos Thielbek et Athen présentent également des dommages, mais sont quand même remorqués vers le port industriel de Lübeck le 19 avril 1945. Le capitaine du Cap Arcona refuse d’abord de prendre des détenus à bord. Ce n’est qu’après avoir été directement menacé par les SS qu’il se plie aux ordres.

Le 26 avril, les 2 500 premiers détenus embarquent sur le Cap Arcona. Avec par moments plus de 7 500 détenus à bord, le navire est totalement surpeuplé. Lors de l’occupation des bateaux, le principe de hiérarchisation des détenus des camps est maintenu : les prisonniers soviétiques et polonais sont logés dans les cales, tandis que les détenus français, allemands, hollandais et belges sont installés sur les ponts. Le surpeuplement, l’approvisionnement insuffisant en eau et en nourriture ainsi que le manque d’installations sanitaires, entraînent déjà des conditions catastrophiques, menant elles seules à la mort de nombreux détenus. Les corps sont alors ramenés à terre, ou simplement jetés à l’eau. Afin d’améliorer les conditions à bord, environ 2 000 détenus du Cap Arcona sont transférés sur l’Athen le 30 avril 1945, ce qui signifiera la survie pour nombre d’entre eux.

Début mai 1945, la situation dans la baie est complexe. Au-delà des navires concentrationnaires s’y trouvent plus de 130 bateaux de toutes sortes. L’attaque aérienne britannique de la Royal Air Force fait partie d’une série de raids aériens qui ont déjà eu lieu depuis le 2 mai sur les bateaux rassemblés dans la ville de Lübeck. La reconnaissance aérienne britannique avait observé la concentration croissante de troupes allemandes dans la région, et l’avait naturellement interprétée comme un mouvement de désertion depuis de la mer Baltique en direction du Danemark ou de la Norvège. Le 2 mai, les troupes britanniques entrent dans la ville de Lübeck. En début de l’après-midi du 3 mai, les navires de détenus – qui, plus précisément, se trouvent dans la baie au niveau de la ville de Neustadt – sont pris pour cibles quelques heures seulement avant l’entrée des troupes alliées dans Neustadt. Des chasseurs mènent des attaques sur les navires en trois vagues. À ce moment-là, 4 200 détenus se trouvent à bord du Cap Arcona, ainsi que 70 membres d’équipage et 400 soldats de la marine affectés à la SS. Sur le Thielbek sont entassés plus de 2 800 détenus ; sur l’Athen, resté ancré dans le port, se trouvent 2 000 détenus.

Au moment de l’attaque, les pilotes ne savent pas que les navires ont été transformés en camps de concentration flottants. Pourtant, le soir du 2 mai, après la prise de Lübeck, un officier britannique apprend d’un représentant de la Croix-Rouge suisse que des détenus de camps se trouvent sur les bateaux. Malheureusement, cette information n’est pas transmise rapidement. Cet enchaînement tragique mènera à la mort de milliers de détenus, tués par leurs libérateurs potentiels dans les dernières heures de combat dans la région.

Après avoir été touché à plusieurs reprises, le Thielbek prend feu et coule en quelques minutes. Des 2 800 détenus à bord, seule une cinquantaine parvient à se sauver. Le Cap Arcona prend feu de la poupe jusqu’à la coque centrale. Il chavire avec plus de 4 200 détenus à son bord, mais en raison du faible niveau de l’eau, il ne sombre pas complètement. Pour la plupart des détenus entassés dans les cales, il n’y a pas d’échappatoire. De nombreux détenus tentent de se sauver en se jetant à l’eau, mais meurent noyés ou de froid. L’eau n’a une température que de 7 à 8 degrés. Les membres de l’équipage et les gardiens à bord du Cap Arcona s’approprient quelques canots de sauvetage (il y en a peu, la plupart ayant été enlevés avant l’arrivée des déportés). Les actions de sauvetage organisées depuis la rive se dirigent vers les SS et les membres d’équipage à bord des canots. Les détenus qui parviennent à atteindre les canots se font frapper sur les mains jusqu’à ce qu’ils retombent à l’eau. Beaucoup de ceux qui réussissent à rejoindre la rive y sont massacrés. Par ailleurs, les avions britanniques de basse altitude mitraillent les survivants dans l’eau. Seulement 4 à 500 détenus du Cap Arcona parviennent à survivre aux bombardements. Quant au cargo Athen, resté dans le port, il n’est que légèrement touché, et tous les détenus qui s’y trouvent échappent à la mort.

Le Cap Arcona en feu

Les équipes de garde quittent le bateau puis, vers 3 heures 15 dans l’après-midi, les unités de la deuxième armée britannique arrivent dans le port de Neustadt et libèrent les survivants. Nous parlons donc d’un délai très court entre la première vague d’attaques à 2 heures 30 et l’entrée des premiers chars britanniques sur la place du marché de Neustadt, seulement deux heures plus tard. Les soldats rencontrent des rescapés, qui les informent de l’événement tragique. Pourtant, il faut du temps avant que les premières opérations de sauvetage des naufragés soient lancées. Selon un rapport d’enquête britannique, un temps vital s’est écoulé : « Alors que l’attaque est encore en cours, les troupes britanniques sont entrées dans Neustadt. L’officier de liaison de la marine qui accompagnait les troupes est arrivé à 16 heures aux casernes de la marine de Neustadt et a donné l’ordre qu’aucun bateau ne quitte le port. Il ne savait pas qu’il y avait des détenus à bord des bateaux. Il lui semblait plus important d’empêcher d’éventuelles évasions de Neustadt que de respecter l’ancienne règle de venir en aide aux naufragés, qu’ils soient amis ou ennemis. Ce n’est que vers 18 heures que l’officier a été informé de la présence des détenus sur les bateaux. Des dispositions ont alors été prises pour faire partir des bateaux de sauvetage. »

C’est ainsi que les troupes britanniques sauvent encore quelques survivants sur le Cap Arcona et commencent à mettre en place les premiers soins pour les rescapés. En même temps débute l’enterrement, souvent sommaire, des innombrables morts qui gisent dans l’eau et sur la plage, ainsi que de ceux qui échouent, de nombreuses semaines, de nombreux mois, et même des années plus tard, sur les rives de la baie entière. Encore aujourd’hui, on estime à 3 000 le nombre de cadavres non retrouvés dans la mer.

La mémoire

En tant que professeur d’histoire détaché au Mémorial du camp de Sandbostel, Lars Hellwinkel nous a davantage parlé des marches de la mort dans leur dimension mémorielle.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Sandbostel était le stalag (camp pour prisonniers de guerre) pour le nord de l’Allemagne. Il pouvait accueillir aux alentours de 20 000 prisonniers et, au total, environ 300 000 personnes y furent enregistrées, dont 90 000 soldats français. À la fin de la guerre, à partir du mois d’avril 1945, il devint un lieu vers lequel les déportés de différents kommandos de Neuengamme étaient évacués. Il se transforma alors en mouroir pour plus de 10 000 déportés, dont 3 000 environ décédèrent au cours des deux mois précédant la libération par les troupes britanniques. C’est par Sandbostel que sont passées les différentes marches de la mort en direction de Lübeck.

Le site de Sandbostel compte encore de nombreux baraquements et bâtiments historiques, ce qui est rare et rend le Mémorial un peu spécial. Il dispose également d’un cimetière, où reposent encore 2 400 déportés inconnus du camp de Neuengamme. Depuis sa création il y a seulement une dizaine d’années, le Mémorial de Sandbostel réalise des recherches sur les marches de la mort et se charge d’entretenir leur mémoire dans la région. Les équipes du Mémorial se sont notamment interrogées sur l’existence de vestiges (dont des morts) liés à ces marches de la mort.

Dans certains villages de la région, on trouve des tombes de prisonniers de guerre et de déportés inconnus. Mais seule une pierre apposée il y a 20 ans par un agriculteur local, en mémoire de ce dont il avait été témoin étant jeune, évoquait spécifiquement le souvenir des marches de la mort. Le Mémorial de Sandbostel a voulu remédier à cette situation en érigeant une série de stèles sur le trajet des marches. La dernière stèle a d’ailleurs été inaugurée le 13 avril de cette année. Cela a provoqué de nombreux débats à l’échelle locale, les habitants des villages s’interrogeant sur la raison de cette démarche : ils ignoraient la tragédie qui s’était déroulée à deux pas de chez eux ! L’agriculteur qui avait posé la pierre mémorielle il y a 20 ans avait d’ailleurs confié ne pas avoir été cru lorsqu’il avait affirmé avoir vu des déportés exécutés par des gardes allemands. Pour appuyer ses dires, les équipes du Mémorial de Sandbostel ont entrepris des fouilles et deux corps, tués par balles, ont été retrouvés. Il faut également souligner que c’est à la suite de l’installation des stèles que, non seulement les habitants ont commencé à poser des questions, mais aussi que les langues se sont déliées : certaines personnes âgées ont choisi ce moment-là pour se manifester et témoigner. Des habitants avaient donc vu et savaient, mais s’étaient tus ou n’en parlaient tout simplement plus. L’une des missions du Mémorial est de faire revivre ces témoignages.

Enfin, le grand défi du Mémorial est d’éduquer les jeunes, qui bien souvent ne connaissent qu’Auschwitz et Anne Franck, alors qu’à quelques pas de chez eux se sont déroulées des tragédies dont ils ignorent tout ou presque. Pendant très longtemps, les commémorations étaient entretenues par les rescapés et leurs familles. Mais, pour clore sur une note positive, remarquons qu’on assiste à un regain d’intérêt ces dernières années, avec notamment de nombreux tours en bateau sur les lieux des naufrages. Le Mémorial de Sandbostel essaie d’impliquer au maximum les jeunes des collèges et lycées, en les faisant participer à divers projets (notons, par exemple, que ce sont des élèves d’écoles techniques locales qui ont conçu les stèles et les ont érigées avec les équipes du Mémorial), mais aussi en leur faisant rencontrer et interagir avec les rescapés et leurs descendants. Il existe une mise en réseau qui n’existait pas il y a 20 ans.

Après avoir retracé en détail les événements tragiques liés à l’évacuation du camp de Neuengamme, Christine Eckel et Lars Hellwinkel ont répondu aux nombreuses questions de l’assemblée. La tragédie de Lübeck résulte-elle d’un enchaînement de circonstances et hasards malheureux, ou peut-on envisager une stratégie perfide de la part des nazis ? Quelle fut la réaction britannique en termes de communication, auprès des autres nations alliées ainsi que dans la presse, à la suite de la tragédie ? Pour prendre connaissance de toutes les questions posées et approfondir le sujet, nous vous invitons à visionner l’enregistrement de la conférence. Un lien vous sera prochainement communiqué pour accéder à la vidéo.

Alicia GENIN